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Christiane Taubira
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photo © Kathleen Gyssels
conférence de presse à Cayenne le 7 avril 2002

Christiane Taubira est née le 2 février 1953 à Cayenne, dans un quartier déshérité où elle passe son temps à jouer aux billes dans les caniveaux. La « gamine de la rue des Trois-Cases » est élevée avec ses huit frères et sœurs par une mère disparue trop tôt.

Elle déménage à Paris pour suivre des cours à l'université qu'elle finance elle-même : elle fréquente la cité universitaire d'Antony, suit des cours à Assas ou Jussieu, et prépare un doctorat en sciences économiques après avoir obtenu une licence de sociologie et un certificat d'ethnologie. Travaillant comme standardiste, elle passe d'un métier temporaire à un autre : elle ficelle des sachets de coton et transporte des caisses de boulons pour les usines de Billancourt. Très vite, elle devient une « militante » qui prend pour modèles Rosa Luxemburg, Bakounine et Olympe de Gouges, « première féministe sous la Révolution ».

En Guyane, elle devient membre du « Mouvement guyanais de décolonisation ».

En 1993, elle devient présidente du parti « Walwari », mot signifiant « évantail » d'après une langue amérindienne, car voilà son rêve : une nation arc-en-ciel, une République laïque, fraternelle et plurielle. En 1994, elle est députée européenne, mais doit attendre 2002 pour être la première femme guyanaise députée.

Économiste, elle est aussi très littéraire, et combine toujours considérations politico-économiques et réflexions philosophiques et éthiques, ce qui donne un côté interdisciplinaire à tous ses discours, qu'elle prononce la plupart du temps sans texte en main.

Elle est aussi femme de lettres, débutant avec une nouvelle dans Noir des Iles, et publiant, l'année même de sa candidature aux élections présidentielles, L'esclavage raconté à ma fille (2002), en réponse à un autre ouvrage du même ton et de même nature. De même que Tahar Ben Jelloun publie Le racisme expliqué à ma fille (1999), madame Taubira se sent le devoir de raconter l'esclavage à sa fille, comment la traite négrière a pu arriver, durer autant de siècles, engager autant de nations européennes, et surtout déshumaniser une aussi grande partie de la population du « Nouveau Monde ». Le livre de Taubira, qui a comme couverture l'œuvre de Wifredo Lam (« Madame Lumumba »), se trouve à mi-chemin entre l'essai socio-historique et la confession d'une descendante de « ceux qui survécurent » (Glissant). Feuilleté par les journalistes tous azimuts, le livre dérange et détourne l'attention d'une campagne présidentielle qui s'organise dans les hôtels très huppés de Cayenne, le Mercure de France, notamment (photo le 7 avril 2002). En pleine conférence de presse, Taubira rappellera ainsi devant les journalistes quelque peu ébahis par quelques « faits », dont le nombre de tonnes de canne à sucre et de « traverses » de négriers, les gains non négligeables que la France a su tirer de ce commerce transatlantique en chair humaine. L'aspect économique de la traite transatlantique, l'énorme bénéfice des pays les plus puissants au siècle des Lumières, elle les rappelle avec force, appuyant ses arguments de chiffres et de dates et prouve que l'esclavage aux Antilles a rendu possible l'essor et la grandeur de la France aux XVIIIe et XIXe siècles.

L'on comprend alors que l'enjeu et le résultat final de cette « mouvance » qui est la sienne devait être de faire passer la Loi reconnaissant la traite négrière comme crime contre l'humanité : la loi Taubira est son cheval de bataille, et tout à son honneur, la Grande Guyanaise a rappelé par sa présence aux funérailles d'Aimé Césaire en avril 2008 à quel point les Antillais et les Guyanais se devaient de ne pas oublier « cette ancienne blessure », et d'infliger à la « métropole » le devoir de mémoire et la repentance. Femme énergique et intellectuelle dynamique, Christiane Taubira a participé à des colloques commémoratifs, dont un intitulé « Les anneaux de la mémoire » à Nantes (1992-94). Avec sa réputation désormais d'auteure de loi visant des réparations symboliques (et non pas financières), elle ouvre de grands colloques en France et ailleurs, invitée d'honneur, par exemple, à la conférence « Black Paris, France Noire » à la Sorbonne nouvelle (Paris IV) en juin 2008. Depuis l'obtention à l'Assemblée Générale en décembre 1998 de sa loi, adoptée à l'unanimité en mai 2001 (voir les articles dans Le Monde du 9 et 10 mai 2002), Christiane Taubira ne cesse de nous fasciner et de galvaniser son peuple, les Guyanais, clamant debout sur la Place des Palmistes des vers de Pigments, Névralgies et de Black-Label.

Succédant en effet au co-fondateur de la Négritude, Léon-Gontran Damas, Christiane Taubira prépare déjà des manifestations pour rendre à cet autre député les honneurs qu'il mérite. En cette année 2008, 30 ans après la disparition de Damas (1912-1978), il convient de souligner les engagements de la militante, sa fidélité à ses paroles et à son peuple, grande politicienne qui n'a de cesse de porter la torche de résine dont parlait Damas.

– Kathleen Gyssels

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Dossier Christiane Taubira préparé par Kathleen Gyssels
tous droits réservés © 2008-2012
http://www.lehman.cuny.edu/ile.en.ile/paroles/taubira.html
mise en ligne : 4 septembre 2008 ; mise à jour : 6 avril 2012