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photo © Antonio Politano
Punaauia, le 6 mars 2003
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Née en 1954 à Papeete, Chantal T. Spitz est bercée
à la fois par le jazz, les chants grégoriens, Tino Rossi et
les chants traditionnels du Tiurai [1]. Élevée
dans un univers occidental chez ses parents, elle reste néanmoins
imprégnée de la culture tahitienne grâce à ses
oncles et tantes maternels. Dès l'obtention de son baccalauréat,
elle part à la rencontre de ses cousins du Pacifique sud. À
son retour elle entre dans la vie active comme secrétaire, mais rapidement
elle se réoriente et choisit l'enseignement. Mère de trois
garçons, elle vit aujourd'hui à Huahine (Iles sous le vents)
sur le motu [2] Maeva. En apparence loin de tout elle demeure
très à lécoute de ce monde aux multiples visages
qui est le sien.
Cette richesse permet de bien comprendre l'écriture de Chantal
Spitz; écriture reflétant la Polynésie d'aujourd'hui
qui se trouve partagée entre l'apport étranger français,
anglo-saxon ou autres et une culture polynésienne toujours
présente mais en perdition. L'Ile des rêves écrasés,
son unique roman paru à ce jour, met en scène ce malaise
omniprésent qui déchire la Polynésie d'aujourd'hui.
Si son écriture semble souvent agressive, elle apparaît en
fait comme un cri d'alarme, une manière de montrer que même
s'il est inutile de vouloir revenir en arrière, le futur de la
Polynésie ne doit pas se faire au détriment des valeurs
et de la culture, mais dans le respect de l'identité polynésienne
dans sa diversité.
« Rarahu iti e autre moi-même... Je ne veux pas être
un mythe je veux juste être un être humain à l'égal
de tous les autres êtres humains, ceux de la Déclaration
de l'Homme et du Citoyen. Mais comment quand depuis tout ce temps on
m'a décrite dite parlée imaginée chantée
fantasmée, Rarahu éternelle immuable à jamais telle
que dans l'imaginaire occidental européen français. Rarahu
qui me colle à la peau comme ces étiquettes qu'on a beau
mouiller frotter gratter écorcher qui restent pour toujours gluées
à certains flacons. Indélébiles. Rarahu tatouée
à mon âme à mon identité à mon humanité
à ma différence, tu me précèdes comme ton
roman fige les gens de notre peuple de notre pays dans leur paresse
leur laideur leur incomplètude leur chosité. Rarahu iti
e autre moi-même... héroïne d'une banale histoire
de marin, vulgaire fille à marins, grâce à ton Loti
nous ne sommes que différents sans possibilité d'accéder
à la civilisation à l'humanité, à jamais
affligés affublés affabulés d'un exotique mythe
qui résiste à toutes les modernités Internet
n'y pourra rien non plus et qui ne veut voir en nous que d'étranges
étrangers dépaysants.
« Non. Décidément je n'aime pas Le mariage de
Loti, best-seller fondateur du mythe, roman exotique par excellence,
alibi de tous les fantasmes toutes les hypocrisies intellectuelles tous
les paternalismes tous les racismes, qui excuse toutes les exactions
tous les mépris toutes les vexations tous les cynismes. Non.
Décidément je n'aime pas ce mythe qui n'en finit pas de
ne pas mourir puisqu'il arrange dédouane convient. Non. Décidément
je n'aime pas ce mythe.
« Et je l'aime encore moins depuis que nous nous le sommes appropriés
et que nous nous efforçons consciencieusement de lui correspondre.
« Rarahu iti e autre moi-même... Si tu n'avais pas existé
j'aurais pu être. »
Chantal T. Spitz (janvier 2000)
1. Fêtes réunissant
des groupes de chants et danses au mois de juillet.
2. « Petite île »
en tahitien. [retour au texte]
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