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Ibis
(sélections)
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(3,54 minutes)
tous droits réservés - crédits« Femme »
Femme
je chante ton amour
tes maternités
ton corps
tôt devenu jachère
tes rêves profanés
femme noire
vibrante de musique
mémoire
des jours blessée
femme-don et silence
je te chante
ma mère
les ridules sombres de tes paupières
sur tes pupilles devenues bleues
dans l'urne de la nuit
modulent l'énigme grave de la vie
belle et lancinante.Paris, avril 1994
« Un ange »
Un ange
glisse parfois
dans les ténèbres
laissant dans son sillage
comme un souffle ténu
une haleine
et ta main sur le drap
froisse le mirage
de son aileUne lune frauduleuse
hisse au carreau
sa traîne de plumes vives
et tes yeux
au prodige demeurent
grands ouvertsLe jour tâtonne à la fenêtre
« Ton nom »
J'écris ton nom
chaque jour
en gras en italique
en long large et travers
j'écris ton nom
au verre
du sablierton nom
un hymne de lumière
sur ma peau d'ombre
tremblé
comme chimère
entre baume et blessureton nom
mon spiritual
mon blues
dièse et bémol
zébrure
entre Soleil et Lune
de plein étéJ'écris ton nom
sans césureAmour
sur l'horizon.
« Entre lune et soleil »
Et votre chair neigeuse
imprégnée de réglisse
rêve de plénitude
enfants d'incertitudes
déchirés
entre rires et fureursEt dans votre regard
de sable et d'océan
s'enroulent vos musiques
enfants énigmatiques
ballottés
entre pluies et nuagesVous allez
contre vents et marées
ouvrant à l'unisson
vos pagnes fraternels
tendus comme des ailes
d'espoirEt ma plume d'ivoire
à l'écorce d'ébène
amarre vos amours,
enfants du contre-jour
qui tanguez
entre lune et soleil
« Apocalypse »
Quand tu me prends par la main
mon cœur
dérape,
s'éboulent mille volcans
entre mes reins
mille glaciers s'embrasent
et le Nil impromptu se jette
dans la Mer Rouge
et les ibis courent véloces
vers l'Atlantique
et le tam-tam ébranle
les orgues de Notre-Dame
et je ne crois plus
à Lucifer
ni à Yahvé
ni à la mort.
Quand tu me prends par la main
je ne crois plus
qu'à mon corps,
abasourdi,
et à mon âme qui tourneboule
vaste et diaphane mappemonde
dans l'Infini.
« Viatique »
Tu m'as donné
mesurée à la terre
ta parole
je te donne mes oiseaux
leurs cris de pleine merTu m'as donné
plus vaste que le ciel
ton cœur
je te donne leurs rires
la ferveur de leur volTu m'as donné
en partage
la vie
je te donne mes ibis
de passagel'embrasure de leurs ailes
à l'estuaire
intimes
comme tes yeux
leurs traces de lumièreParis, avril 1994
Ces six poèmes de Simone Sow – « Femme » (p. 11), « Un ange » (p. 12), « Ton nom » (p. 23), « Entre lune et soleil » (p. 35), « Apocalypse » (p. 37) et « Viatique » (p. 42) – sont extraits du recueil Ibis, publié pour la première fois à Paris aux éditions Caractères en 1996. Ils sont reproduits ici avec la permission de l'auteure.
Enregistrement le 17 novembre 2005, à Paris, chez et par Mathieu Rosaz© 1996 Simone Sow © 2006 Simone Sow pour l'enregistrement audio
tous droits réservés
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