Elle s'appelait Tulussia Tulusse.
Je l'ai toujours connue comme je l'ai vue pour la première fois, aussi loin que remontent mes souvenirs d'enfant unique. Une solide campagnarde, corpulente et pourtant alerte, enveloppée dans une sorte de camisole soigneusement empesée, d'une blancheur éclatante, les cheveux pris dans un foulard noué avec soin, qui en imposait à tous. Assise en amazone sur sa mule, ses mains solides de travailleuse retenant fermement les rênes, elle souriait, d'un large sourire franc sur l'éclat sans défaut de ses dents. Sur le dos de la mule, le traditionnel sac-paille où les paysannes d'Haïti rangent tout ce qu'elles doivent porter quotidiennement à la ville. Cela va des denrées alimentaires, fruits et légumes, bananes plantain, ignames et autres vivres, destinées aux marchés de Port-au-Prince...