Défi
Qui ?
qui ose de l'éventail d'un papaïer
chanter qu'il a pouvoir purificateur encore
sur l'odeur de cette île
ouverte
comme une plaie
à l'haleine cariée des carnassiers ?
Se lève
s'il ose,
celui de la route ancestrale
sans croisée
sans détours
rectiligne comme la mire d'un peloton d'exécution.
Se lève
et dise :
« Je suis libre en ce puits
de siècle en siècle élaboré,
de mort en mort approfondi,
car dans sa nuit s'épuisent les couleurs.
Je suis le chemin de raison
pavé de bonnes intentions
de ceux qui m'ont donné la nuit
Ainsi soit-il. Ainsi sera. »
Ah ! qu'il lève la main
celui de la route ancestrale.
Qui ose de l'ombrelle d'un flamboyant
chanter qu'elle a pouvoir estompeur encore
sur la laideur de cette île
ouverte
comme une plaie
aux canines aiguës des carnassiers ?
Se lève
s'il ose,
celui de la bonne conscience
sans remords
sans nuages
lisse comme l'œil unique d'un peloton d'exécution.
Se lève
et dise :
« Je suis libre en ce puits
de peur en peur élaboré
de marche en degré descendu,
car débrouillardise n'est pas péché.
Je suis le chemin détourné
semé de présents ignorés
de ceux qui restent dans la nuit.
Sauve qui peut. Je suis sauvé. »
Ah ! qu'il lève la main
celui de la bonne conscience.
Qui ose de la mousse de l'océan
chanter qu'elle a pouvoir curateur encore
sur la crasse de cette île
ouverte
comme une plaie
aux griffes aguerries des carnassiers ?
Se lève
s'il ose,
celui de la satisfaction
sans marée
sans tempête
pure comme la salve d'un peloton d'exécution.
Se lève
et dise :
« Je suis libre en ce puits
de guerre en guerre approfondi,
de loi en loi assimilé,
car jamais n'aurai lumière plus pure.
Je suis le chemin de l'Histoire,
triangulaire hier,
depuis,
linéaire sans une escale,
et qui nous sauve de la nuit. »
Ah ! qu'il lève la main
celui de la satisfaction.
Qui ?
Qui ose chanter que les guenilles de cette île
ont pouvoir protecteur encore
sur son corps
ouvert
comme une plaie
aux convoitises des carnassiers ?
Se lève celui-là
s'il ose.
Mais qui le lèvera de garde
de ceux qui voient passer le temps ?
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Illustration pour le recueil de Cette igname brisée qu'est ma terre natale / Gran parad ti kou baton paru aux Éditions Caribéennes © 1982,
utilisée avec permission. |
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