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Johary Ravaloson
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Johary Ravaloson
photo © Sophie Bazin
2007, Trois Mares (La Réunion)

Né à Antananarivo le 6 décembre 1965, Johary Ravaloson appartient à la génération de la malgachisation de l'enseignement primaire et secondaire dans les années 1970. Il est toutefois étudiant, en même temps qu'éducateur, à Paris dans les années 1980 et 1990, puis à Saint-Pierre de La Réunion de 1998 à 2007. C'est à l'Université de La Réunion qu'il soutient sa thèse de droit, intitulée Le Régime des investissements directs dans les zones franches d'exportation, publiée en 2004. Après un exil d'une vingtaine d'années où il aura fait du pays zafimaniry, dans le Centre-Est de Madagascar, son point immuable, il exerce aujourd'hui comme juriste dans sa ville natale.

Juriste, éditeur et écrivain : l'entreprise Dodo

Bilingue franco-malgache, ce « plastikèr de paroles » (« plastikèr » étant le mot créole réunionnais pour « plasticien ») est un « exilé du langage » (A -R. Delbart, 2005) autant qu'exilé de lui-même. « Auteur dégagé » selon sa propre expression, Johary Ravaloson préside les éditions Dodo Vole (La Réunion) et forme avec son épouse Sophie Bazin, plasticienne d'art contemporain, le tandem « TsyKanto sy Tsimaninona  [Inesthétique et Insouciant] » à Madagascar, frère jumeau d'« Arius et Mary Batiskaf » à La Réunion. L'allusion aux cousins Marius et Ary Leblond (pseudonymes de Georges Athénas [1877-1953] et d'Aimé Merlo [1880-1958]), écrivains de La Réunion, est manifeste. Au même titre que l'expression populaire « batiskaf » désigne en créole réunionnais la femme européenne compromise par une mésalliance avec un Kaf' [Cafre], Noir d'origine africaine ou malgache. La plume ambivalente, toujours préoccupé par l'ombre du dodo, oiseau aujourd'hui disparu, pour lui emblématique des oubliés du Progrès, entre malnutris, toxicomanes, désoeuvrés et marginaux de tous bords, Johary Ravaloson s'adonne à l'écriture juridique dans des revues internationales tout autant qu'à l'écriture littéraire.

Dans ce dernier registre, ludique et attaché à la transgression, le nouvelliste, romancier, dramaturge et écrivain voyageur a été plusieurs fois lauréat de concours. À Paris, il reçoit en 1996 le Prix du Centre régional des oeuvres universitaires pour la nouvelle « Heurt-terres et frappe-cornes ». Cette distinction est suivie en 2000 par le Prix Grand Océan de littérature d'inspiration religieuse (La Réunion) pour la pièce La Tentation de Joseph. L'opus Padar à Tana, carnet de voyage signe un de ses premiers pas publics à Antananarivo. En 2005, dernière année d'édition du Prix de l'océan Indien, il est lauréat du roman avec Les Larmes d'Ietsé. La même année, le recueil de nouvelles Le Camp des innocents où il publie « Bagatelles pour une limonade » est récompensé par le Prix Williams Sassine. En 2006, il figure dans le recueil Chroniques de Madagascar avec « Rumeurs de feu » (Sépia, Océan Indien).

Son roman Les Larmes d'Ietsé constitue une biographie romancée où l'auteur se mire, empruntant un prénom de légende malgache pour convoquer la problématique de la mélancolie dans l'exil en toutes ses formes : « Les hommes ne pleurent pas, ils contemplent l'étang d'Ietsé », y annonce-t-il. Dans le processus herméneutique où se situe toute autofiction, le critique se permet alors d'interpréter le long exil en territoire français et le choix de la langue d'écriture comme raisons de la mélancolie. Dans la foulée, il s'autorise la pertinence d'un mode réflexif d'interprétation qui entremêlerait dans l'écriture le statut d'Ego et la chute du pays d'origine, Madagascar.

Son dernier roman, encore inédit, Géotropique (2007), semble résumer l'ensemble de son œuvre en filant la métaphore du surf pour conter les vagues, la tête sous l'eau, et la quête d'oxygène qui anime en permanence la marge de la société, dont lui, l'écrivain fait partie : « Je crée ma langue à chaque ligne. J'écris dans l'intime [...], on me parle personnellement, Gombrowicz me chuchote en vieux polonais des histoires de cortèges dansant sous la lune, Djian souvent me la slame comme à la radio : Glisse, rien à foutre que dalle elles ne comprissent ». Moments intimistes d'écriture, « aux mille couleurs émouvemantes [sic] », moments toutefois de partage où le narrateur se fait aussi pédagogue : « Le spot était glacis. On veut dire par là que la mer étale une robe lourde et légère à la fois ; elle s'ourle doucement et régulièrement sous une poussée soutenue, et quand elle déferle, elle délivre des courbes lisses et soyeuses ».

Mais c'est avec la nouvelle La Porte du Sud, lauréate à la fois du Prix de la Nouvelle et du Grand Prix de l'océan Indien 1999 que la plume de Johary Ravaloson est la plus marquante. Organisé annuellement par le Conseil général de La Réunion, ce concours rassemblait les inédits de candidats francophones et créolophones des Comores, de La Réunion, de Madagascar, de Maurice, de Mayotte et des Seychelles dans le but de publier chez Orphie (La Réunion) les manuscrits distingués dans les différentes catégories (conte, nouvelle, roman, poésie et théâtre). La Porte du Sud nous entraîne dans le récit vertigineux d'une course-poursuite entre dahalo (voleurs de zébus) et gendarmes à travers l'immensité aride du Sud de Madagascar. Un récit qui nous tient en haleine, qui se lit dans l'urgence, tel un roman policier. Dans une langue cosmopolite où le français se laisse moucheter de malgache et de créole réunionnais, « hoy ! hoy ! », le  plastikèr de paroles nous fait ahaner, il nous fait courir et nous courons sur la frontière entre le monde des vertueux et celui des exclus. Un réseau de tireurs de pousse convertis en dahalo, de dahalo rangés en guides pour touristes, s'y bétonnent dans des cris de singes au pied de la Montagne sacrée de l'Isalo. Des exclus armés de parapluies, mais aussi de fusils d'officiers corrompus, les dodos sont ici tous un peu poètes, un peu visionnaires : « Ti-Bara court partout et hurle de rire sous l'excitation. Tantôt tendant sa corne remplie de fétiches vengeurs. Rano ! Rano ! crie-t-il aux plombs qui nous poursuivent, comme pour les transformer en eau. Tantôt, appelant les zébus par leur nom, Aombe !, les exhorte-t-il pour invoquer leur force. ». Visionnaires comme le dahalo narrateur qui saisit les chatoiements vaporeux de la dernière lueur du jour : il n'atteindra jamais la Porte du Sud. La balle des gendarmes vertueux n'aura pas été nommée : « Cela ne fait pas de bruit quand cela vous pénètre. C'est tout silence d'un coup [...] ».

Entre ancestralité et contemporanéité

Presque dix ans après La Porte du Sud, le carnet de route qui paraît dans la catégorie Beau livre, Zafimaniry intime, Zaho Zafimaniry (2008), entraîne le lecteur entre « désir et détermination [...], ancestralité et contemporanéité ». L'idéal de vie de Johary Ravaloson le positionne toujours entre le monde passé et le monde futur, lesquels le plus souvent sont une transmutation de son propre présent. C'est en tout cas ce qu'il donne à percevoir dans cette relation d'un long voyage de 1996 à 2006, dans le pays des joailliers du bois, région de brumes enclavées au plus profond de Madagascar où il aura vécu en alternance avec La Réunion et l'Hexagone. Pour suivre la préfacière, il a découlé de cette circumnavigation un « savoir exogène – des lunettes singulières – ». Un savoir qui permet au lecteur d'apprécier de se laisser reconduire du « temps plié » (G. Arthous-Bouvet 2007) vers un dedans d'exception mais qui court derrière la règle de la mondialisation : Johary Ravaloson n'y concède rien au tamberi-tany (perte de repères) de l'éternel exilé. Situés entre carnet de voyage et tranches de vies au quotidien, ses deux textes présentés successivement en français puis en malgache se font ici énonciation artisanale à la manière des contes : si proche du merveilleux, mais les pieds dans la réalité.

Entre dehors et dedans, nous retenons alors la signifiance humaniste, à la fois cosmopolite et patriote de l'ensemble d'une œuvre. Johary Ravaloson signe un motif – la fragilité de la condition humaine – institué en règle de vie : « toujours associé à une esthétique du marronnage, sans définition qui tue, ni genre exclusif, [...] provoquer un courant d'air plastik par la magie du créer ou celle plus simple encore de répéter Dodo, dodo, dodo... ». Une vie qui « nous montre l'énergie que peut libérer l'art pour casser un mur de silence ».

– Nivoelisoa Galibert

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Dossier Johary Ravaloson préparé par Nivoelisoa Galibert
tous droits réservés © 2008-2013
http://www.lehman.cuny.edu/ile.en.ile/paroles/ravaloson.html
mise en ligne : 20 novembre 2008 ; mise à jour : 31 août 2013