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Émile Ollivier (1940-2002)
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Hommage à Émile Ollivier

1940-2002

par Georges Anglade

     «Je ne meurs pas, je m'absente» a dit Milo en prévision de son départ proche. Et puis cela s'est fait en nous surprenant tous quand même, un dimanche de début novembre 2002. Je suis à Port-au-Prince ce jour-là où la nouvelle m'atteint comme une onde de choc dont l'épicentre est à Montréal. Quarante ans, mois pour mois, qu'en novembre 1962 nous nous rencontrions pour la première fois sur le parvis de l'École Normale Supérieure de Port-au-Prince le jour de la rentrée.

     Lui, grand, mince, de longs bras, et cette voix grave de baryton qui ondule avant d'exploser dans un rire gargantuesque de bon vivant. Quelle affaire! C'est cela, un vivant qui s'absente et qui laisse aux autres la voix d'un homme de parole comme première empreinte pour retracer son chemin.

     Les temps sont durs en 1962, et pour lui en particulier qui vient d'apprendre que son écrivain-phare, Jacques-Stéphen Alexis, a été assassiné par la dictature dans le Nord-Ouest d'Haïti. Sa mission est trouvée, il sera le prochain Alexis. Écrivain. Et de commencer pour lui cette course d'obstacles dont il sautera toutes les haies pour gagner haut la main son pari. J'ai été de toutes ces étapes, en un long compagnonnage qui nous fera, après la Normale, quitter ensemble le pays pour la France en 1965, nous retrouver à Montréal en 1969 et cheminer chacun nos routes depuis sans jamais nous perdre de vue tant nos liaisons sont proches à Notre Dame de Grâce, et que nos filles s'appellent l'une et l'autre Dominique et que nos deux épouses viennent aussi de la Normale, et que et que et que... mon intime. C'était un homme de confluence, à la jonction d'une multitude d'affluents qui venaient se mélanger en lui avant de rouler vers l'aval des eaux vives de tous les amonts. Alexis s'était immortalisé en Jacques-Soleil pour dire à la grande noirceur qui s'épaississait en 1962 que reviendra le jour aussi sûrement que la terre est ronde et qu'elle tourne, et qu'au levant un beau matin poindra le soleil. Milo nous laisse aussi avec le surnom que, mission accomplie en 2002, il se sera choisi, Mille Eaux se rencontreront toujours pour célébrer la vie dont il fut un grand amateur.

     Belle absence Milleaux

– Georges Anglade
CA du PEN et du CODEP

Ce texte, « Hommage à Émile Ollivier », a été écrit par Georges Anglade et a été lu par lui dans le Hall d'Honneur de l'Université de Montréal le 16 novembre 2002 lors de la Cérémonie d'hommage à Émile Ollivier. Le texte a été publié pour la première fois dans le Bulletin du Centre Québécois du PEN International (hiver 2003). Reproduit avec permission.

© 2003 Georges Anglade
tous droits réservés

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mise en ligne : 10 novembre 2003