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Un Éléphant de cristal
(extraits de La Lumière du Monde)
Dépenaillés
hébétés
parmi les ruines
Soufflés pareils à la flammeCe que nous fîmes
semblable à du verre
Ce que nous sommes
parti dans le ventNous n'étions pas
dans l'eau furieuse
ni les tôles froisséesRien de nous
dans l'écorce
issue de nos mains*
C'est toujours le temps des semailles
Naissance renaissance
et l'impuissance du semeurEn ce temps-là
les armes seules
pensaientDes bombes intelligentes
cylindres luisants
Et cette excitation malsaine de la guerreQuelle luxure dans la destruction
Nous-mêmes parmi les ruines
Faire quelque chosePlus de vacance
se donner soi
scieur de longPieds dans la boue
Trois tas bien nets
futiles pyramides
avant que ne revienne
le balancier du ChaosMerles groggy
gosses dans les flaques
cette joie qui passe à gué
sans cesseLa vie s'entête
Quelle ombre immense
sur la douceur
des paupières*
J'ai connu un marin
qui avait vu le soleil en face
à MururoaIl mourut
de leucémie
à NouméaÀ sa fille j'offris
cette année-là
un éléphant de cristal*
En moyenne une espèce
vit
quatre
millions d'annéesTous les
500 000 siècles
extinction de masse
tabula rasa
Aérolithe
virus
déluge
glaciationLa prochaine approche
Ce ne sera pas
tel météore trouant l'espace
ni l'eau rugissante
ni la neigeCe sera nous
*
Matin
Miction impossible
Barre d'aviron
Flor de amor
qui n'en démord
rame et cabestanÉcrans au plasma
Tanks à tous les JT
Tout éméchés de sitcoms
et de soft operasDrones sillonnant le ciel
Ni putes ni soumises
Un pitt-bull aux yeux clairs
bondissait à la grilleCorpus mundi
Sans cesse boue & lumière
Tigres et tanagras sentent le kérosène
3 500 F pour s'inscrireà la bibliothèque
Corpus mundi
Baie de la Moselle l'eau monte
( 12 cm en 12 ans)Rester lisse
Momies sans rides
des bimbos octogénaires
s'injectent des toxines botuliquesNelson fils du Transkaï
apprit la boxe
resta 26 ans
en prisonBracelets électroniques
cartes
matricules à la con
Plus de majuscules à aucun nomPlus rien n'a d'importance
L'enfant (par contumace
dans une pipette) brûle
des fourmis avec une loupeLes hommes naissent et puis
deux à s'élancer
d'une tour en flammes
à la rencontre du videOh bien sûr
on donnait des notes on prenait des mesures
on auscultait à coups de scanner et de statistiques
Dow Jones et NasdaqÀ moins de 15
l'élève Guttierez pleurait
pour 17 à Saulieu
un autre se suicidaAgoras dégoisantes
Banques de teck
Les dieux s'étaient
réfugiés dans les arbres*
Les Talibans sont venus
Ils ont coupé les abricotiers
brûlé les vignesDepuis la poussière
se glisse dans les cheveux
et crisse sous les dents
Les plaines
refleuriront
a dit l'enfant
Le poème « Un Éléphant de cristal » a été publié pour la première fois dans le recueil de poésie de Frédéric Ohlen, La Lumière du Monde, paru dans une co-édition Grain de sable et l'Herbier de Feu à Nouméa en 2005, pages 128-135. « Un Éléphant de cristal » est la cinquième partie du recueil.
© 2005 Frédéric Ohlen
tous droits réservés
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