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Esther Nirina
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Esther Nirina

photo datant des années 1990
archives de la famille d'Esther Nirina, D.R.

Esther Nirina (née Esther Ranirinaharitafika) vit le jour en Imerina le 17 novembre 1932 sur les Hautes Terres centrales de Madagascar, des paysages récurrents dans ses œuvres, des paysages souvent épurés, comme des traces à peine esquissées, des paysages croquant souvent son village natal d'Ambohimifangitra (dans Multiple solitude).

Selon Jean-Louis Joubert, l'œuvre d'Esther Nirina n'a pas encore trouvé la reconnaissance qu'elle mérite, elle est pourtant l'une des œuvres majeures de la littérature malgache en langue française, au même plan que les œuvres de Rabearivelo ou de Rabemananjara. Ses paroles chuchotées, si réservées, si personnelles ne se prêtent pas à la reconnaissance immédiate, elles viennent du plus profond de sa culture malgache, une prise de parole voulue qu'après un long cheminement à travers les mots des autres, épurées de toute fioriture, de provocation gratuite et de toute longueur égocentrique mais néanmoins lourdes de sens, comme si chaque mot devait valoir son pesant d'or.

Esther Nirina a longtemps travaillé comme bibliothécaire à Orléans, aux côtés d'Hélène Cadou (veuve du poète Réné-Guy Cadou) de 1953 à 1983. Cette promiscuité avec la famille du poète a été déterminante dans son parcours. Ainsi, du partage né de cette amitié, elle publie son premier recueil Silencieuse respiration aux éditions Sergent (Orleans, 1975), suivi plus tard de Simple voyelle, chez le même éditeur en 1980.

Cette longue séparation avec l'île a permis à Esther Nirina de développer une voix singulière dans une poésie malgache jalouse de ses particularismes – la défense des formes traditionnelles comme le hainteny ou les thèmes récurrents de la terre sacrée ou du passé prestigieux... Ouverte à d'autres cultures, fidèle lectrice de Neruda, de George Bataille, de René Char et de tant d'autres, elle a su lier l'hermétisme et la concision de ces formes traditionnelles malgaches avec l'exigence d'une poésie avare de mots mais riche de sens, de rythme et de musique. Esther Nirina a vécu l'éloignement non comme un long exil douloureux mais paradoxalement comme un cheminement patient qui la ramenait à la langue malagasy, car plus qu'un retour au pays natal, son retour à Madagascar s'apparente à un aboutissement poétique et philosophique à la langue de ses aïeux. Ainsi, dit-elle, son séjour à Vanuatu et à l'île de la Réunion, entre les langues mélanésiennes (parentes du malagasy) et le créole, a renforcé cet encrage dans la musique de la langue du père (sa mère étant française).

En 1990, elle franchit le pas et revient dans l'île, désireuse de rénover son village d'Ambohimifangitra où elle installera une bibliothèque et une école. Elle deviendra très vite une figure importante de la scène littéraire malgache. Membre de l'Académie malgache, elle présidera pendant un moment la Société des écrivains de l'Océan Indien (SEROI). La parution de son recueil Lente spirale aux Éditions Revue de l'Océan Indien (Antananarivo, 1990) est accueillie dans une stupeur respectueuse, tant le recueil renouvelle la poésie malgache empêtrée dans la crise de l'édition et des polémiques stériles autour de l'utilisation de la langue française. Sans renier l'héritage des Rabearivelo ou des Rabemananjara, le recueil est fait dans la matière même de l'île : papier antemoro, impression en encre de couleur ocre, pour mieux rappeler la latérite de la terre malgache, ne craignant pas de fustiger la situation du pays, n'hésitant pas à dénoncer les puissants, tout en évitant le piège du scandale ou de l'indignation convenue.

Esther Nirina puise sa poésie dans la source des grands poètes et dans les voix incontestables des maîtres de la parole traditionnelle, voix s'élevant au-dessus de la mêlée, voix qu'on ne saurait qualifier de partisane, emplie de délicatesse et de sagesse dépassant la simple dénonciation du présent. Lente spirale observe le temps qui traverse l'île et le temps qui transperce l'homme. Jacques Rabemananjara écrit dans sa préface au recueil : « Une qualité rare m'a également conquis et séduit dans Lente spirale : la perception, à travers la musique des mots, de la fluidité et de la fragilité du temps qui nous enveloppe et nous assaille, sans nous faire sentir la dureté de son aiguillon ».

Multiple solitude, en 1997, ne fera que confirmer le talent et le style d'Esther Nirina. En 1998, les éditions Grand Océan consacreront son parcours en publiant dans Rien que lune l'intégralité de ses œuvres.

La quête poétique d'Esther Nirina trouve enfin son aboutissement en 2004 dans la publication du recueil Mivolana an-tsoratra, son premier recueil en malagasy qui restera son dernier. Les événements de 2002 auront eu raison de sa force. Touchée dans sa chair par l'arrestation et la maltraitance d'un de ses proches, elle partira le 19 juin 2004, posant ses derniers mots dans la langue de ses aïeux.

– Raharimanana

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Dossier Esther Nirina préparé par Raharimanana et Thomas C. Spear, avec la collaboration de Nivoelisoa Galibert
tous droits réservés © 2007
http://www.lehman.cuny.edu/ile.en.ile/paroles/nirina.html
mise en ligne : 30 avril 2007