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Poète, conteur, nouvelliste et historien, Ignace Nau collabore à plusieurs revues littéraires haïtiennes de la première moitié du XIXe siècle. Avec son frère Émile Nau, il initie un mouvement littéraire communément appelé « le groupe du Cénacle » qui rassemble les poètes romantiques haïtiens notamment les frères Coriolan, Céligny et Beaubrun Ardouin. Si Ignace Nau est connu pour sa poésie, il est surtout célèbre pour son œuvre en prose. Selon plusieurs sources, les premières nouvelles littéraires haïtiennes ont été écrites en 1836 par Ignace Nau qui, selon Léon-François Hoffmann, est « le premier Haïtien à avoir écrit des œuvres d'imagination en prose » (109). Dans le deuxième tome de son Anthologie de nouvelles haïtiennes, Pierre-Raymond Dumas affirme qu'« Ignace Nau est, à n'en pas douter, l'un des tout premiers auteurs haïtiens de nouvelles » (358). Le groupe du Cénacle ou l'École de 1836 regroupait des jeunes écrivains qui voulaient se distancier des pionniers de la littérature haïtienne jugés trop entichés des pseudo-classiques français. Il est intéressant de noter que ces jeunes écrivains haïtiens de l'École de 1836 ne pouvaient pourtant pas s'empêcher de se regrouper en cénacle de la même manière que les romantiques français de la même époque. Après avoir créé en 1835 leur première revue Le Républicain qui n'a pas fait long feu, ils ont fondé en 1836 la revue L'Union dans laquelle Ignace Nau a publié au cours de la même année presque toutes ses nouvelles. Si l'on ne connaît officiellement d'Ignace Nau que trois nouvelles, à savoir Un Épisode de la Révolution (1836), Le Lambi (1836) et Isalina (1836), on lui en attribue pourtant plusieurs autres notamment Une histoire de brigands dont on ne connaît pas l'année exacte de publication. Selon P-R. Dumas, certains des récits brefs d'Ignace Nau « furent signés de pseudonymes, – comme cette Histoire de brigands qui porte la signature de J. Tatin » (358). L'intérêt des trois nouvelles qu'Ignace Nau publie dans L'Union en 1836 réside dans le sujet qu'elles traitent et dans leur originalité thématique par rapport à la littérature de l'Hexagone. Un Épisode de la Révolution est un texte divisé en trois parties : Célestine, Le Camp-Pernier et La Veillée. Célestine est la femme de Michel, un soldat de l'armée révolutionnaire qui se bat contre l'armée française au Camp-Pernier. Cette première partie raconte les péripéties de Célestine pour sauver son bébé menacé par un loup-garou. Dans la deuxième partie, le narrateur décrit la bataille entre les indigènes et les français qui a réellement eu lieu au Camp-Pernier le 20 août 1791. À la fin de la bataille, Michel rentre chez lui et trouve sa femme et toute sa famille en état d'alerte à cause de la maladie surnaturelle du bébé provoquée par le loup-garou. Aidée dans la troisième partie par un adjuvant nommé Azic, Michel réussit à se débarrasser du loup-garou en lui tirant une balle dans l'aisselle. Après la mort du démon, l'enfant retrouve la santé et tout rentre dans l'ordre. Ces trois parties forment ce que certains considèrent comme « avant tout une histoire de loup-garou » (Berrou et Pompilus, 181) alors que d'autres y voient plutôt « une sorte de court roman historique et un conte fantastique [à la fois] » (Hoffmann, 109). Considérant Le Lambi qui célèbre la mémoire des Nègres marrons, principaux initiateurs de la révolution haïtienne et Isalina considérée par son auteur comme « une scène créole », il est clair que les nouvelles d'Ignace Nau s'inscrivent toutes dans une problématique socioculturelle typiquement haïtienne. C'est d'ailleurs pour cette raison qu'Ignace Nau est considéré par plus d'un comme le précurseur du mouvement indigéniste. Pour Berrou et Pompilus, « Il ne fait pas de doute, l'indigénisme haïtien est née avec Ignace Nau » (187). Auguste Ignace Nau, précurseur du mouvement indigéniste et auteur des toutes premières nouvelles littéraires haïtiennes, n'a malheureusement pas vécu une longue et heureuse vie. La mort précoce de sa jeune épouse Marie Ursule Bélizaire après seulement trois ans de mariage le plonge dans un chagrin et une tristesse qu'il n'arrivera pas à surmonter. Il meurt à son tour à Léogâne en 1845. – Frenand Léger |
Oeuvres principales:
Poésie:
- Le Livre de Marie.
- Pensées du Soir.
- Poésies complètes, avec une étude biographique et littéraire par Hénock Trouillot et Christophe Ph. Charles. Port-au-Prince: Choucoune, 2000.
Nouvelles et contes:
- Le Lambi. (1836).
- Un Épisode de la Révolution. (1836).
- Isalina, ou Une scène créole. (1836). Isalina, ou, Une scène créole, avec une étude biographique et littéraire par Hénock Trouillot. Port-au-Prince: Choucoune, 2000.
Sur l'œuvre d'Ignace Nau:
- Bellegarde, Dantès. Écrivains haïtiens : notices biographiques et pages choisies. Port-au-Prince: Deschamps, 1950.
- Berrou, Raphaël et Pompilus, Pradel. Histoire de la littérature haïtienne illustrée par les textes. Tome I. Port-au-Prince: Éditions Caraïbes, 1975.
- Dumas, Pierre-Raymond. Anthologie de nouvelles haïtiennes. Vol. II. Port-au-Prince: Conjonction, 1991.
- Hoffmann, Léon-François. Littérature d'Haïti. Paris: EDICEF, 1995.
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Liens sur Ignace Nau |
ailleurs sur le web :
- La Revue des colonies est disponible par Gallica où l'on peut lire des textes d'Ignace Nau,
dont de la prose:
- « Esquisses haïtiennes » (Isalina, ou Une scène créole). I (La Roulaison). 1 (juillet 1836): 37-45.
- « Esquisses haïtiennes » (Isalina, ou Une scène créole). II (Paul). 2 (août 1836): 84-86.
- « Esquisses haïtiennes » (Isalina, ou Une scène créole). III (Galba, ou la consultation) et IV (Isalina). 3 (septembre 1836): 124-32.
et de la poésie:
- « Au Saule ». 3 (septembre 1836): 124.
- « Le flot » et « Souvenance ». 4 (octobre 1836): 155-56 et 156-57.
- « Le Lac ». 5 (novembre 1836): 205.
- « Passereaux émigrans ». 9 (mars 1837): 376.
- « À ma Patrie ». 10 (avril 1837): 428-29.
- « Pensées du soir » et « La Mouche-à-feu ». 11 (mai 1837): 467-68, 468-69.
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