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Ida Faubert
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Photographie d'Ida Faubert qui illustre Sous le soleil caraïbe (1959). Prise au Studio R. Paudrat, 19, bd Saint-Denis, Paris. D.R. Source: J. Faubert.

Fille unique du président haïtien Lysius Salomon, Ida Salomon Faubert est née à Port-au-Prince le 14 février 1882 et passe sa petite enfance dans le palais présidentiel à Turgeau. Mais en 1888 sa famille s'exile en France, où la jeune fille fera ses études. Après un premier mariage, Ida revient à Port-au-Prince vers 1903 pour épouser André Faubert et donner naissance à une fille, Jacqueline, décédée très jeune, et à un fils, Raoul Faubert, né en 1906. Fleur à peine éclose de l'élite haïtienne, Ida Salomon Faubert brille dans son nouveau milieu. C'est « une grande dame de la haute société de Port-au-Prince » qui, selon Léon Laleau, « allait d'un cocktail à un thé, à une sauterie. Que ce fût à pied, le visage auréolé de son ombrelle aux teintes égayantes et tournantes ; que ce fût dans sa voiture tirée par cet allègre cheval souris qui, à la promener, semblait au comble de la fierté ; toujours sa grâce aduste* et tropicale laissait auprès elle, telle la traîne d'une robe de cour, un long sillage de frémissante admiration » (247).

Ida Salomon Faubert devient un personnage éblouissant non seulement dans la vie mondaine de Port-au-Prince mais aussi dans sa vie littéraire. Ayant regagné son pays natal, Ida Faubert se lance dans la renaissance de la littérature haïtienne qui s'annonce au début du vingtième siècle. Elle fait partie de la génération de La Ronde et de la première génération de poétesses haïtiennes. Ses premiers poèmes paraissent en 1912 dans la revue Haïti littéraire et scientifique, dirigée alors par Edmond Laforest, et ils figurent parmi les premiers vers publiés par une femme en Haïti sans la dissimulation d'un nom de plume. En 1913, l'université des Annales couronne la jeune poétesse d'un prix pour son sonnet « Pierre Loti ». Malgré ses succès sociaux et littéraires, Ida Faubert a du mal à s'adapter à l'esprit conservateur de l'élite haïtienne. Le « libéralisme, l'indépendance de caractère d'Ida ont du mal à supporter l'étroitesse des cadres et des idées de sa Patrie », précise la critique Madeleine Gardiner (24).

À la recherche d'une liberté personnelle qu'on pourrait qualifier de féministe, Ida Faubert s'établit définitivement à Paris en 1914. Peu après son retour en France elle divorce d'André Faubert et s'installe dans un appartement de la rue Blomet, où les rythmes antillais du Bal Nègre font bouger le quartier entier tous les samedis. Il s'y trouve également les ateliers des artistes surréalistes (qui fréquentent aussi les bals), y compris André Desnos et Juan Miró. Ida Faubert se lance dans la scène littéraire et artistique qui l'entoure. Elle fréquente les galeries et les conférences à la mode, et elle établit son propre salon littéraire où elle reçoit des artistes et des écrivains les jeudis. Ce salon se trouve au carrefour de plusieurs cultures littéraires qui s'entrecroisent à Paris pendant les Années Folles. Membre essentiel du cercle des haïtiens littéraires à Paris, Ida Faubert reçoit les visites de Léon Laleau et de Jean Price-Mars, lequel dédie un chapitre de sa Vocation de l'élite à la poétesse. Elle fréquente également de grands écrivains parisiens, tels que Jean Richepin et Jean Vignaud, et entre dans la coterie des écrivains féministes et lesbiens de la Rive Gauche grâce à ses relations avec Anna de Noailles. Ses poèmes se publient et Haïti et en France pendant cette période. En 1920 Louis Morpeau choisit ses poèmes pour son Anthologie haïtienne de la poésie contemporaine, et ses poèmes paraissent aussi dans Les annales politiques et littéraires, La Gazette de Paris, Le journal du peuple, Lisez-moi Bleu et dans des journaux littéraires italiens. Finalement ses poèmes se réunissent dans le recueil Cœur des îles, publié en 1939 par les Éditions René Debresse, et ce début littéraire lui vaut le prix Jacques Normand de la Société des Gens Lettrés.

« La poésie d'Ida Faubert, c'est l'élan passionné du cœur, l'abandon, la langueur... », écrit Christophe Charles dans La poésie féminine haïtienne (27). Le recueil Cœur des îles nous offre trois genres de ce qu'on pourrait appeler « la poésie du cœur ». On y trouve une poésie maternelle, des poèmes mélancoliques écrits à sa fille Jacqueline, morte très jeune (voir « Pour Jacqueline ») ; une poésie musicale, des rondels et chansons dédíés à ses amies ; et une poésie érotique, des sonnets sensuels qui souvent décrivent une scène d'amour dans un jardin tropical, et qui s'adressent souvent à des amant(e)s de sexe ambigu. Prenons l'exemple de son érotisme fleuri et ambigu dans le sonnet « Je voudrais demeurer... » :

Je voudrais demeurer une heure auprès de vous,
Au jardin merveilleux que mon esprit suppose...
Le soleil s'éteindrait, là-bas, au couchant rose,
Et les jasmins s'effeuilleraient sur nos genoux. (Cœur des îles 33)

En 1959, Salomon Faubert publie un recueil de récits, Sous le soleil caraïbe, qui esquisse la vie quotidienne d'Haïti. Elle vivra à Paris jusqu'à sa mort en 1969 (à Joinville-le-Pont), qui donne suite à un hommage respectueux dans les journaux de son pays. Fille d'un président haïtien, elle reste finalement une fille d'Haïti.

– Natasha Tinsley

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* aduste (adj.): desséché; brûlé par le soleil.
Écrit pour Île en île, cette présentation de Natasha Tinsley est reproduite dans l'Anthologie secrète d'Ida Faubert en 2007.

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mise en ligne : 5 octobre 2004 ; mise à jour : 2 juin 2013