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René Depestre
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bleu René Depestre
photo © Oswaldo Salas D.R.

René Depestre naît le 29 août 1926 à Jacmel (Haïti). Sa ville natale est souvent évoquée dans sa poésie et ses romans, en particulier Hadriana dans tous mes rêves (1988). Il fait ses études primaires chez les Frères bretons de l'instruction chrétienne. Son père meurt en 1936 et René Depestre quitte sa mère, ses deux frères et ses deux sœurs pour aller vivre chez sa grand-mère maternelle. De 1940 à 1944, il fait ses études secondaires au lycée Pétion à Port-au-Prince.

Étincelles, son premier recueil de poésie, paru en 1945, préfacé par Edris Saint-Amand, le fait connaître rapidement. Il a seulement dix-neuf ans quand il le publie, influencé par le réalisme merveilleux d'Alejo Carpentier, qui a fait une conférence à ce sujet en Haïti en 1942. Depestre fonde alors un hebdomadaire avec trois amis : Baker, Alexis, et Gérald Bloncourt: La Ruche (1945-46). « On voulait aider les Haïtiens à prendre conscience de leur capacité à rénover les fondements historiques de leur identité » (dit-il dans Le métier à métisser). Le gouvernement fait saisir le numéro de 1945 consacré à André Breton, ce qui déclenchera l'insurrection de janvier 1946.

Depestre rencontre les intellectuels et les poètes haïtiens de son temps, tels Jean Price-Mars, Léon Laleau, et René Bélance qui préface son deuxième recueil, Gerbe de sang en 1946. Il rencontre aussi des artistes étrangers.

Il fait partie des dirigeants du mouvement étudiant révolutionnaire de janvier 1946, qui parvient à renverser le président Élie Lescot. Très vite, l'armée prend le pouvoir, Depestre est arrêté et emprisonné, avant d'être exilé. Il poursuit ses études de lettres et sciences politiques à la Sorbonne (1946-1950). À Paris, il fréquente les poètes surréalistes français et des artistes étrangers, ainsi que les intellectuels du mouvement de la négritude, qui se réunissent autour d'Alioune Diop et de Présence Africaine.

Depestre participe activement aux mouvements de décolonisation en France, et il est expulsé du territoire français. Il part à Prague, d'où il est chassé en 1952. Il part à Cuba, invité par l'écrivain Nicolás Guillén, où il est à nouveau arrêté et expulsé par le régime de Fulgencio Batista. Il est rejeté par la France et l'Italie. Il part pour l'Autriche, puis le Chili, l'Argentine et le Brésil. Il est resté au Chili suffisamment longtemps pour organiser avec Pablo Neruda et Jorge Amado le congrès continental de la culture.

Après le Brésil, Depestre revient à Paris en 1956 où il fréquente d'autres Haïtiens, dont Jacques-Stephen Alexis. Il participe au premier congrès panafricain organisé par Présence Africaine en septembre 1956. Il écrit dans Présence Africaine et d'autres revues de l'époque comme Esprit et Lettres françaises. Il retourne en Haïti (1956-57). Refusant de collaborer avec le régime duvaliériste, il appelle les Haïtiens à la résistance et se retrouve en résidence surveillée. Il part pour Cuba en 1959, à l'invitation de Che Guevara. Convaincu par la révolution cubaine, il s'investit dans la gestion du pays (Ministère des Relations Extérieures, Éditions nationales, Conseil National de la Culture, Radio Havana-Cuba, Las Casas de las Américas, Comité de préparation du congrès culturel de la Havane en 1967). Il voyage beaucoup parallèlement à ses activités officielles (URSS, Chine, Viêt-nam, entre autres) et participe au festival panafricain d'Alger en 1969 (où il rencontre l'écrivain congolais Henri Lopes, qu'il retrouvera plus tard dans les bureaux de l'UNESCO).

Au cours de ses diverses pérégrinations et de son séjour à Cuba, René Depestre poursuit une œuvre poétique importante. Son recueil de poésie le plus célèbre est sans doute Un arc-en-ciel pour l'Occident chrétien (1967) où se mêlent politique, érotisme, et vaudou, des thèmes qui traversent toute son œuvre. Poète à Cuba (1973) est une sorte de regard réfléchi sur l'évolution de la révolution cubaine.

Écarté par le pouvoir castriste dès 1971, Depestre rompt avec l'expérience cubaine en 1978 et retourne à Paris où il travaille au Secrétariat de l'UNESCO. Il publie Le Mât de Cocagne, son premier roman, à Paris, en 1979. En 1980, il publie Alléluia pour une femme-jardin, qui reçoit le Prix Goncourt de la Nouvelle en 1982.

Depestre quitte l'UNESCO en 1986 et se retire dans l'Aude. En 1988, il publie Hadriana dans tous mes rêves, qui reçoit de nombreux prix littéraires dont le prix Théophraste Renaudot, le prix de la Société des Gens de Lettres, le Prix Antigone de la ville de Montpellier et le prix du Roman de l'Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique. Il obtient la nationalité française en 1991. Il continue d'accumuler les honneurs, en particulier le prix Apollinaire de poésie pour son Anthologie personnelle (1993) et le prix italien Grisane pour l'adaptation du Mât de Cocagne au théâtre en 1995, ainsi que les bourses (Bourse du Centre National du Livre en 1994 et Guggenheim en 1995). Il est le sujet du film documentaire de Jean-Daniel Lafond réalisé à Montréal, Haïti dans tous nos rêves (1996).

Depestre a également publié des essais importants. Bonjour et adieu à la négritude présente une réflexion sur sa position ambivalente vis-à-vis du mouvement de la négritude conçu par Léopold Sédar Senghor, Aimé Césaire et Léon-Gontran Damas. Impressionné par Aimé Césaire venu parler du surréalisme et de la négritude en Haïti, fasciné par la créolité, ou la créolo-francophonie, il n'en questionne pas moins le concept de négritude. Rebelle au concept dans sa jeunesse, qu'il associe à de l'essentialisme ethnique, il en mesure la portée historique et situe le mouvement dans l'histoire mondiale des idées. Il revient sur ce sujet (critiques et re-situation du mouvement) dans ses deux recueils Ainsi parle le fleuve noir (1998) et Le métier à métisser (1998). Il rend hommage à Césaire et à son œuvre visionnaire dans le contexte actuel du mouvement de la créolité à la Martinique : « Césaire trancha d'un seul mot ce vain débat: au commencement de l'histoire décoloniale, à l'échelle d'Haïti et du monde, il y a le génie de Toussaint Louverture » (Le métier à métisser 25). Son expérience à Cuba – sa fascination et son désamour pour le « castrofidélisme » et toutes les contraintes idéologiques – est également examiné dans ces deux textes, ainsi que le réalisme merveilleux, le rôle de l'érotisme, l'histoire haïtienne et le thème très contemporain de la mondialisation.

Loin de se considérer comme en exil, Depestre se voit plutôt comme un nomade aux racines multiples, un « homme-banian » – pour faire allusion à cet arbre qu'il cite si souvent et à ses racines rhizomiques – voire comme un « géo-libertin ». René Depestre vit aujourd'hui dans un petit village de l'Aude, Lézignan-Corbières, avec sa seconde épouse, cubaine. Il écrit tous les matins, en regardant les champs de vignes, comme autrefois il s'enivrait de la vue de la baie jacmélienne sur la galerie de sa grand-mère.

– Joëlle Vitiello

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Biographie basée sur celles qui accompagnent Ainsi parle le fleuve noir et Encore une mer à traverser.

Voir aussi la Chronologie de René Depestre, par Léon-François Hoffmann (Île en île, 2013).

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Oeuvres principales:

Poésie:

Prose:

Traductions par René Depestre:

Présence dans l'audiovisuel (radio, cinéma, télévision):

Entretiens:

Distinctions littéraires:

Adaptation au théatre:

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Sur René Depestre:

Travaux universitaires sur René Depestre:

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Traductions:

en danois:

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Prose traduite également en bulgare et en grec.
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mise en ligne : 13 septembre 1999 ; mise à jour : 29 juillet 2013