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Roussan Camille
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espace Roussan Camille
photo des archives du CIDIHCA, D.R.

Roussan Camille naît le 27 août 1912 à Jacmel (Haïti) où l'enfance se passe sous l'occupation américaine d'Haïti. C'est aussi dans cette ville qu'il fait ses études élémentaires et le début de ses secondaires (au lycée Pinchinat). Il les termine à l'Institut Tippenhauer et au lycée Pétion à Port-au-Prince. Il débutera sa vie professionnelle à la rédaction du journal de Charles Moravia, Le Temps. Talentueux journaliste, il est nommé rédacteur en chef d'Haïti-Journal, quotidien du chef d'État Sténio Vincent (président de 1930 à 1941). Sous ce même gouvernement, il est nommé, peu de temps après, premier secrétaire de la Légation d'Haïti à Paris.

À 24 ans, Camille visite des pays de l'Europe, où il observe, et les réceptions fastes des bourgeois et les conditions difficiles du petit peuple. Il rentre en Haïti en 1940, non sans une escale obligée, en temps de guerre, à Casablanca, ville qui va l'inspirer, comme on peut le voir dans le poème « Nedje » de son premier recueil, Assaut à la nuit, publié en Haïti à compte d'auteur. Nedje, éthiopienne, danse pour les blancs et l'auteur revoit en elle « tous les faux paradis/ où les nègres chantent et dansent/ pour les autres ».

Reprenant son travail de journaliste, Roussan Camille voyage en Europe, après la guerre, et aux États-Unis où il est invité à couvrir les séances d'organisation des Nations-Unies à San Francisco, et dans plusieurs grandes mairies américaines dont le City Hall de New York du maire Fiorella LaGuardia. À Port-au-Prince, ce sont les années d'ébullition intellectuelle, le passage de personnalités diverses – André Breton, Aimé Césaire, Wilfredo Lam, Jean-Paul Sartre – et une camaraderie avec ses pairs: Jean Brierre, René Piquion, Émile Roumer, Jacques Roumain et Félix Morisseau-Leroy. Camille occupera des postes au département de l'Instruction publique, au département de la Santé publique et du Tourisme, mais se passionne davantage pour son travail au quotidien Haiti-Journal et ensuite au journal Le National dont il devient co-directeur.

La mort inattendue de la première épouse du poète, Simone Vaillant (après une cure d'amaigrissement) – belle port-au-princienne complice et amatrice de poésie – afflige profondément le poète. Dumarsais Estimé, élu président du pays en 1946, le nomme secrétaire général de l'Exposition internationale, pour marquer le bicentenaire de la ville de Port-au-Prince en 1949. Dans sa capacité de délégué officiel, Camille reprend vie dans sa fonction publique, et voyage aux Antilles lusophones, à Cuba, au Mexique, en Belgique et en Suisse pour solliciter la participation de ces pays à l'Exposition. (Les sculptures équestres toujours sur la place du Champs de Mars ont été exécutées par des sculpteurs cubains qu'il fait venir à cette occasion.) Quand Estimé est renversé par la junte militaire de Paul-Eugène Magloire en 1950, Camille passera un bref séjour en prison. Cependant, il reprendra un poste officiel quand il est appelé, par Magloire, pour organiser les activités du sesquicentenaire de l'indépendance haïtienne en 1954.

Camille se marie en deuxièmes noces avec Laura Trouillot, mère de leurs deux enfants, Jean et Fédora. Bel homme, doux et intelligent, Camille aime la vie nocturne, sociale et animée, les beaux habits et les belles voitures – comme sa vieille Chrysler et sa Cadillac décapotable. Les boîtes de nuit de Port-au-Prince comme de la Havane accueillent les « bohèmes gauchistes » dont il fait partie et où l'alcool, la musique et la politique se mélangent. Le milieu d'intellectuels sud-américains, cubains et haítiens est résolument gauchiste. Écrit en 1953, son poème « Havane » évoque sa solidarité avec Cuba et le peuple cubain, et présage la révolution à venir en pointant du doigt la classe fétarde et insouciante qui ignore les souffrances des masses opprimées. (« Pas temps de danse, Lola / Non plus temps de rire, Havane bien aimée / On fusille à Nairobi ce soir / Notre joie est injuste / On fusille au Laos »). Salués par Fidel Castro, arrivé au pouvoir, Camille et sa poésie rejoignent avec force les courants qui parlent en faveur des prolétaires et parias du monde.

À 49 ans, le poète national Roussan Camille meurt à Port-au-Prince, le 7 décembre 1961, « victime de ses excès » selon Berrou et Pradel.* Cette même année, le Prix Dumarsais Estimé est décerné à son recueil inédit, Multiple présence. En hommage à cet « homme de la foule qui ne se défend pas d'être de la foule » et au poète de combat, Mario L. Delatour réalise en 2002 le documentaire 40 ans après... Roussan Camille.** Et tous les jours à Port-au-Prince, de jeunes élèves rentrent étudier au Collège Roussan Camille.

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* F. Raphaël Berrou et Pradel Pompilus, Histoire de la Littérature haïtienne, illustrée par les textes, tome 3, Port-au-Prince: Éditions Caraïbes, 1977, p. 237.
** D'où sont tirées la plupart des informations pour établir ce résumé de biographie.

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mise en ligne : 23 juillet 2004 ; mise à jour : 11 août 2006