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Montréal au mois d'aimer
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(5,11 minutes)
tous droits réservés - créditsJ'ai mis une lettre à la mer
destination
ton cœurPliée en deux
parfumée d'angoisse
je l'ai composée dans un dépotoir à journauxElle te parviendra
timbrée
cloîtrée dans une complainte
perchée à mon existenceElle te parviendra
timbrée
nichée à l'homélie
du requiem des va-nu-piedsMoi
enfant d'île
fendillant le jour
de mes doigts décadents
j'ai ligoté le Saint-Laurent
à mes larmesMoi
enfant d'île
déployant mon reliquaire
au cœur du Mont-Royal
je t'écris
l'espérance
en lettres mortesEn ce mois d'aimer
mon être
s'éteignant
dans le creux de ta froidure
vivifie ta semence de trouvèreEn ce matin d'exil
parcourant tes repères
ma dérive prend la forme des mots
pour te nommer
AnathèmeÔ Montréal
au mois d'aimer
tu m'as donné un mot fanal
que j'ai accroché à ma lettre d'eau viveUn mot
Banal
le dieu de la banalité
a dressé
dans la fraîcheur des filles-cactus
un soupir
en ruelles
en falaisesUn verre de soleil
arrose le regard
des hommes aux mains de pierres
jalonnant tes montagnesDe falaises en ruelles
les couloirs de mon pays profané
se ferment à petites gorgéesCouleur de toutes les tristesses
l'eau des lassitudes
pénétrant ton village
enveloppe mes pieds
jusqu'à la mémoireFemme salée
Saveur du monde
papillonnant sur mes papillesTon odeur tatouée
dans l'oblique
de ma gorge d'immigré
bourdonne
l'automne
sans amourRempart de mes pas
brûlés aux quatre ventsMon solstice éternel
Figé
à la barbarie des exils
Montréal enlace
mon île
déradée
au gazouillement du nordéÔ poète
Toi qui m'as donné une ville
Dis leur que j'appartiens à c-te monde-là
Qui se lève encore de bonne heureÔ poète
ma lettre à la mer
voyage sous les ailes
d'un harfang
dit enfant des neigesMontréal
guéret d'azur
incinéré
au firmament de mes entrailles
réveille-toi
nous sommes au mois d'aimerD'île en île
versant
ces vers d'eau
sur ton rêve assoiffé
j'ai planté
le gaïac des espérances
au milieu des vendangesQuel temps fait-il
sous ton maquillage
le temps d'aimer
de marcher
de vivre
le temps de t'aimerLoin de ce ciel
saigné par la rumeur
je me fais passeur
pour t'emmener avec moiJ'ai mis une lettre à la mer
destination de ton cœur
elle devrait arriver un jour
quand il fera clair
quand il fera beau
quand tu seras re…belle
Hanukah
Au commencement
il y avait un regardEt le regard s'est fait chair
Rue des érables
un jour de verglas
aux pas du désespoirRue des érables
soudain
le regard se brisaL'amant tend la mer
à ta bouche
au voyageL'amant tend un mot
en kaléidoscope
dans ma tête scelléeFerveur de l'émail
d'un coucher d'arc-en-ciel
mes doigts allument ta nuitL'équinoxe de nos voix
sous une cargaison de lunes
agite l'automne
dans toutes ses feuillesRosée en ponctuation
accouplée à ma peauDe glace et de feu
je célèbre l'hiver
dansant
sous ton corsage miroirHanukah
Fête des étoiles
Fête de toiUnanimes
les astres
évanouis
dans tes yeux closGéographie de toutes les errances
germant l'amour
par flots
par vaguesLes midrashim
Naufrage sur ton corps-mime
Dessinent la courbe du jourHanukah
fête des étoiles
faites de toiVers les murailles
de tes seins brûlants
je lève mon regard
ma prière ensoleilléeun baiser
maculé de transe
un baiser mouillé
en abîme
sur tes notes incendiairesTes yeux étincelles
dans le lustre opaque
de mes doigts limpidesTes mains en cale
dans ma chair
tes mains luminaires
la voix des passereaux
endormis sous la neigeHanukah reviendra
L'été ne meurt jamais
dans ton coin d'ivresse
Les deux poèmes de Franz Benjamin, « Montréal au mois d'aimer » et « Hanukah », ont été publiés pour la première fois dans son recueil, Dits d'errance (Montréal: Mémoire d'encrier, 2004), pages 35-40 et 9-12. Ils sont reproduits sur « île en île » avec la permission de l'auteur.
La lecture de « Montréal au mois d'aimer » de Franz Benjamin provient du disque compact, Montréal vu par ses poètes (Montréal: Société Paroles, 2006) ; utilisé avec permission. Vous entendrez la voix de l'auteur et des extraits de Robert Charlesbois lisant « Je reviendrai à Montréal » (Éditions Conception). L'auteur est accompagné par Oswald Durand, Jr., qui joue des variations de chansons haïtiennes traditionnelles (« Dambala » et « Mademoiselle je vous aime ») et par Jean-Claude Julien au piano.
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