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Vasco Núñez de Balboa
(1475? - 1519), « découvreur » de la Mer du Sud
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par Annie Baert

Vasco Núñez de Balboa fut le premier Européen à voir l'Océan Pacifique, en 1513, et à le faire savoir, ouvrant une nouvelle étape dans la connaissance de la planète.

Le contexte

L'origine de cet événement remonte à 1492, à la fois la fin d'une époque et le début d'une autre: la fin de la présence musulmane dans la Péninsule (avec la reconquête du royaume de Grenade, en janvier), qui laissait sans occupation de nombreuses énergies, et l'apparition des horizons américains (en octobre), qui ouvrait des perspectives aux esprits curieux et aux aventuriers.

On sait que Christophe Colomb (1451-1506), qui cherchait à atteindre l'Asie par la voie occidentale, crut – jusqu'à sa mort – avoir réussi en touchant les Antilles lors de ses deux premiers voyages, en 1492 et 1493. Il cherchait aussi un quatrième continent inconnu des Anciens, qui devait se trouver au sud de l'Asie et abriter le Paradis Terrestre: il pensa l'avoir trouvé lors de ses deux derniers voyages (en 1498 et 1502), quand il aborda les côtes du Vénézuela et de l'isthme de Panama. Il ne savait donc toujours pas qu'il avait découvert l'Amérique, et c'est bien loin de la mer, à Saint-Dié, dans les Vosges, que se fit cette découverte, en 1507, lorsque le cartographe Martin Waldseemüller dessina un océan entre ce continent et l'Asie: belle intuition, qui fut confirmée six ans plus tard, et à propos de laquelle Todorov écrivit joliment: «on n'a pas découvert l'Amérique tant qu'on n'a pas découvert le Pacifique». Cet océan eut donc deux inventeurs: Waldseemüller, qui conçut son existence, et Balboa, qui en apporta la preuve.

Itinéraire d'un conquistador

Vasco Núñez de Balboa naquit à Badajoz vers 1475. Etant le cadet d'une famille noble et pauve, il n'avait pas beaucoup d'espoirs de réussite en Espagne même et, comme de nombreux autres explorateurs et/ou conquistadores, dont beaucoup étaient comme lui nés en Extrémadoure – Cortès à Medellín, ou Pizarro à Trujillo (les futurs conquérants du Mexique et du Pérou) – il fut sans doute persuadé de tenter sa chance aux Indes par les récits enthousiastes qui circulaient alors. C'est ce qu'expliquait clairement le chroniqueur Bernal Díaz del Castillo: «[Si nous allons aux Indes], c'est pour servir Dieu et Sa Majesté, pour apporter la lumière à ceux qui vivent dans les ténèbres, et aussi pour acquérir des richesses, ce que recherchent tous les hommes».

Il partit donc en 1500 et, jusqu'en 1510, on ne sait pas grand chose de ses activités: il s'installa peut-être comme encomendero (titulaire d'une encomienda, système hérité de la Reconquête, qui consistait à distribuer des villages et des terres maures aux conquérants chrétiens) à La Hispaniola (Saint-Domingue), mais il eut si peu de succès qu'il fut obligé de la quitter discrètement pour que, selon un autre chroniqueur, Gonzalo Fernández de Oviedo, «les créanciers à qui il devait de l'argent ne le fassent pas arrêter [...] et il se dissimula dans une voile du navire» commandé par un homme de loi, Martín Fernández de Enciso, chargé officiellement d'aller en Terre-Ferme (le continent, par opposition aux îles des Antilles) secourir Alonso de Hojeda (ou: Ojeda), vétéran de la Reconquête et du deuxième voyage de Colomb.

Il faut préciser ici qu'Hojeda et Diego de Nicuesa, qui avait également participé au voyage de Colomb, étaient, depuis 1508, «gouverneurs» de régions encore inexplorées, le Veragua (aujourd'hui l'isthme de Panama) et l'Urabá (la partie occidentale du golfe, sur la côte colombienne). Hojeda se trouvant assiégé par les Indiens dans la rade de Carthagène, fut secouru inopinément par Nicuesa, qui repartit ensuite vers «son» territoire mais, le harcèlement indigène continuant, il se rendit à Saint-Domingue chercher des renforts et soigner une grave blessure provoquée par une flèche empoisonnée, et laissa une partie de ses hommes dans la forterese récemment fondée de San Sebastián de l'Urabá. Ceux-ci, lassés de l'attendre, repartirent et se perdirent dans les mangroves: c'est là que les découvrit enfin Enciso, qui fit revenir tout le monde (200 hommes) à San Sebastián, et fonda la «ville» de Santa María la Antigua (du nom de la Vierge de Séville), au fond du golfe d'Urabá.

Conformément aux textes en vigueur, Hojeda ayant quitté les lieux, c'est Enciso qui devenait capitaine et alcalde mayor (maire) de ce territoire mais les expéditionnaires, hostiles à l'idée de dépendre d'un homme de loi, élurent Balboa, qui décida de se débarraser des gêneurs: il renvoya Enciso en Espagne et expulsa Nicuesa – qui fut tué par les Indiens au cours d'une escale de son bateau à Carthagène. Il avait les mains libres.

Malgré les plaintes à son encontre, confuses et contradictoires, qui étaient parvenues à Madrid, le roi nomma Balboa gouverneur du Darién de la Terre-Ferme en 1511.

C'était un caudillo (chef de guerre, statut hérité des guerres de reconquête contre les Maures), qui ne tirait pas sa fierté de ses origines mais de ses actions, jouissait d'un grand prestige aux yeux de ses hommes, par son courage physique – il avançait toujours en tête – et son comportement fraternel: «Si l'un deux était fatigué [...] il ne l'abandonnait pas mais le soignait comme s'il était son propre fils ou son propre frère» (Oviedo), évitant toute distance hiérarchique avec eux et partageant équitablement les butins. Il saisit bientôt le fonctionnement des institutions indigènes et gagna l'amitié des chefs, établissant des rapports personnels avec eux, leur procurant des objets qui renforçaient leur prestige (ils avaient de l'or mais ne connaissaient pas le fer), et épousant la fille du cacique de Careta.

Le découvreur

Il disposa en outre d'interprètes, anciens compagnons de Nicuesa perdus dans la forêt et recueillis par des Indiens. C'est ainsi qu'il apprit par Panquiano, le fils du chef indien Comagre, l'existence d'un endroit dont les habitants échangeaient avec lui des perles et de l'or contre des tissus et des prisonniers, situé sur les rives d'un grand océan. Francisco López de Gómara, chapelain et biographe d'Hernán Cortés, écrivit que «dès qu'il entendit parler de l'autre mer, il le prit dans ses bras et le remercia de cette grande nouvelle».

Le 20 janvier 1513, après avoir transmis l'information au roi, il partit de Santa María avec un brigantin, neuf pirogues et 800 hommes, dont 190 soldats espagnols puis, accompagné de guides indiens, il entama la traversée de l'isthme. Après plus de deux semaines passées à traverser une forêt impénétrable, il arriva le 25 septembre au sommet d'une cordillère d'où il aperçut une mer qu'il appela «Mer du Sud», simplement parce qu'elle se situait au sud de l'endroit où il était. Gómara raconte que Balboa «se porta en avant de ses compagnons, arriva seul au sommet, s'agenouilla et, levant les bras au ciel, salua la Mer Australe».

Quatre jours plus tard, le 29 septembre, il se trouvait sur la côte, devant un golfe qu'il baptisa Saint-Michel, suivant le calendrier catholique – aujourd'hui le Golfe de Panama. À marée haute, il entra dans l'eau jusqu'aux genoux et, tenant d'une main l'étendard de Castille, de l'autre son épée dégainée et son bouclier, au cours d'une cérémonie empreinte d'une grande solennité, il déclara: «Au nom des très puissants rois de Castille et d'Aragon, Don Fernando et Doña Juana, je prends possession pour la couronne de Castille, de ces mers, et des terres, et des côtes, et des ports, et des îles australes...» (Oviedo). Puis, suivant le rituel, il érigea une croix, fit quelques tas de pierres, et grava les initiales royales sur le tronc de plusieurs arbres.

Le 19 janvier suivant, il retourna à Santa María, fit parvenir en Espagne le «quint royal» (le cinquième de tout butin, en l'occurrence de l'or et des perles, qui revenait de droit à la Couronne), et fut nommé adelantado (gouverneur d'un territoire frontière, autre héritage de la Reconquête, qui l'autorisait à poursuivre les découvertes) de la Mer du Sud.

Pendant ce temps-là, alerté par Nicuesa, le roi avait nommé Pedrarias (Pedro Arias) Dávila «capitaine général et gouverneur de la Castille d'Or» (la côte atlantique de l'isthme de Panama et de la Colombie), et l'avait chargé de consolider l'implantation espagnole sur la Terre-Ferme et d'y faire régner l'ordre, le faisant accompagner du contrôleur et futur chroniqueur Oviedo et de mille deux cents hommes.

Pedrarias arriva à Santa María la Antigua le 29 juin 1514, fit arrêter Balboa pour le sort fait à Nicuesa, mais ses hommes protestèrent et il dut le relâcher.

Oviedo rapporta avec indignation que le comportement des capitaines de Pedrarias mena à la rupture des alliances avec les Indiens, et que les Espagnols adoptèrent des techniques de guérilla qui décimèrent les populations indigènes.

L'explorateur foudroyé

Balboa ayant obtenu l'autorisation d'explorer la Mer du Sud, il fit transporter à travers l'isthme tout le matériel destiné à construire des navires, à dos d'hommes ou par le fleuve Chagres, traçant une route proche de celle que suivrait le Canal bien plus tard et, en 1517-1518, reconnut plusieurs îles du golfe de Panama.

Mais Pedrarias le fit revenir sur la côte atlantique et, bien que son titre d'adelantado le fît dépendre directement de la Couronne, il lui fit un autre procès, pour insubordination, à l'issue duquel lui et quatre de ses hommes furent condamnés à mort et exécutés en place publique, à la mi-janvier 1519.

Entre Saint-Domingue et l'isthme de Panama, il avait passé moins de 20 ans en Amérique, dans une région qui n'était alors qu'un far west avant la lettre, où l'autorité de l'État était au mieux ignorée, et où n'avaient cours que l'initiative personnelle, les intrigues et les rivalités. Sans idéaliser inutilement le personnage, nous retiendrons ici l'admiration que lui voua le chroniqueur Fernández de Oviedo et l'immense portée de sa «découverte», rappelée aux navigateurs par le nom du port situé à l'extrémité méridionale du Canal et qui, depuis 1914, porte le nom de Balboa.

– Annie Baert
Agrégée d'espagnol, docteur en Études Ibériques

Sources:

Bibliographie:

« Vasco Núñez de Balboa, "découvreur" de la Mer du Sud », par Annie Baert, est publié pour la première fois sur « île en île ». © 2002 Annie Baert et « île en île ».
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mise en ligne: 9 mai 2002