| Poésies |
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Aura Christi
Le lieu intangibleOuvre-toi. Viens avec moi.Sors de la coquille des tristesses fades, stériles. Sors de la pauvreté intouchable de l'esprit qui multiplie par défi le désert imprudent. Mets à l'écart les mensonges du corps, du temps, les choses aimées par paresseuse et nécessaire utilité, à l'écart tout ce qui te semble un impossible fardeau. Et viens avec moi dans l'île extraordinaire où le soleil naît des entrailles de chaque instant comme une poupée russe de l'autre, où la lumière est seule à mesurer les cadavres des amours abandonnés de crainte de brûler diaboliquement, et les mains qui jamais ne se régaleront de ténèbres. Viens avec moi. Viens, suis-moi sur cette terre nouvellement habitée par la pureté, dans l'île qui palpite esseulée entre les millénaires vieillis de n'être pas touchés, ni employés... Ici tout est couchant et tout est levant dans la folie étanche du désir d'être comme dans les rêves immaculés, élevés, pubéraux, comme dans les pensées tranquilles alluvionnant au-dessus de nous quand nous séjournons dans le provisoire inconscient des entrailles de la mère. Ici règne le calme désespéré, fou, malade, qui accompagne et encourage l'écoulement de l'Idée hors de son propre embryon. Ici cela sent éternellement le commencement, le jour inachevé. Ici il arrive ce qui ne pourra jamais arriver dans l'irréalité immédiate. Viens avec moi si tu as soif, viens boire l'eau de la vie, l'eau de
la mariée,
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| C'est certain il viendra bientôt
des catacombes indifférentes. Renonce à toutes les souillures, à tous les fardeaux, aux moments qui se tordent comme les vers sur le sol sans laisser dans ton âme de mémorables empreintes. |
Les pas indolents, les gestes lents, les réveils
après l'amour,
laisse-les en apanage au matin. Emporte le hurlement de fauve mué en prière dans l'entropie esthétique de la solitude.
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| Oublie ta voix sur les choses, sur les visages
laisse en héritage le silence assassin et par-dessus tous les mots, cimetières sereins pour les invisibles messagers de la divinité. |
Mène au pâturage dans la maison des ténèbres
les loups du silence, les ombres du soir, mets-toi sous la tête le vieil océan, étends sur tes paupières le crépuscule et cherche le soleil bien déguisé sur la surprise comme si tu l'avais trouvé depuis longtemps, comme si cet horrible moment qui viendra, qui viendra c'est certain, était déjà passé. |
Aura Christi
Poète, journaliste et essayiste, née le 12 janvier 1967 à Chisinau, Aura Christi est rédactrice à l'hebdomadaire Contemporanul. Ideea Europeana. A publié Les lys impériaux, Éditions «Augusta», 1999, une anthologie bilingue roumain-anglais. A reçu le Prix de l'Union des Écrivains de Moldavie pour Fragments d'être, un livre d'essais.
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