Roland Blain est né
à Port-au-Prince le 30 juin 1934. Il fait ses études secondaires
au Lycée Toussaint Louverture. Enfant déjà, il aime
à se plonger dans les livres d'images et d'art, et il s'amuse à
dessiner. C'est en 1959 qu'il entre au Foyer des Arts Plastiques: il y
restera un an et Joseph Jacob sera son professeur. Blain, parallèlement,
se passionne pour la musique. Trompettiste, il fonde un orchestre avec
des amis et abandonne presque complètement la peinture pendant
huit ans. Ce n'est qu'en 1969 qu'il se remet à peindre: travail
patient, à la recherche d'un style. En 1976, pour lui, la Galerie
Monnin organise une exposition individuelle.
Ses jungles sont peuplées d'animaux
exotiques, d'oiseaux paradisiaques, de rapaces et de fauves qui évoluent
et se montrent dans un paysage singulièrement immobile où
l'horizon a des idées d'infini. L'intransigeance du détail,
la qualité de la facture, les teintes qui s'estompent, la lumière
irradiée par chaque chose, (comme chez le Douanier Rousseau)
la ciselure des feuillages, les fleurs phosphorescentes contribuent
à renforcer cette idée de rêve figé.
Cet alliage de technique et de réalisme
onirique, le rose du lion, l'incarnat de l'hippopotame, le bleu plombé
des rivières, l'ocre mordoré des sous-bois, enfin le profilé
des arbres s'amenuisant dans la perspective contribuent à dérouter
l'observateur avisé qui voit en lui non seulement un très
bon naïf mais aussi, pour Haïti, un peintre d'avant-garde
qui sait flirter avec l'art fantastique.
...sur une plage d'été
la baleine échouée
se souvient des sirènes...
l'appel des profondeurs
retentit sur l'autel
où les cierges allumés
ont un goût de marée...
et le bleu du ciel bleu
se mire dans ses yeux
méduses étoilées
s'éteignant à la vie qui...
plane déjà
sur la mer argentée.
Michel Monnin, carnets écrits entre
1975 et 1979 (inédits)