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Christophe Charles
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Obsessions

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Christophe Charles lit des extraits de son recueil Obsessions : poèmes impressionnistes et métaréalistes.

Enregistrement de 8 minutes. Filmé à Port-au-Prince en 1992, l'une des vidéos d'auteurs haïtiens de Jean-François Chalut.

Dossier présentant l'auteur sur Île en île : Christophe Charles.

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début - Les jours coulent, et je coule
01:20 - Vertèbres tendues au-dessus du vaste azur
04:05 - Le temps nous glisse entre les doigts
05:32 - Soliloque

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Obsessions

(extraits)

Les jours coulent, et je coule
vers mon destin
l'abîme qui nous fascine tous
on s'éloigne de ce qu'on aime
les rives magiques
où pousse la vie
où frémit le désir
La barque m'emporte vers mon destin
et je coule

Ô rives magiques qui nous regardez passer
sans nous comprendre
rives éternelles
que n'agite pas le désir
fleurs belles et sauvages
que ne corrompt pas l'Idée
lichen algue et lierre
la beauté pure
que ne salit pas le sang
la beauté pure
que n'use pas la pourriture
la beauté pure
que ne convulse pas l'élan
la beauté pure
que ne crispe pas la jouissance
pierres précieuses gemmes
éléments éternels qui ne connaissent pas
notre tourment
Ô rives muettes qui nous regardez passer
sans nous retenir

[...]

 

Vertèbres tendues au-dessus du vaste azur
Le mal court sur la corde raide
Halluciné délire auguste
Le temps la guerre à la mémoire
Sauve-toi mon ami sauve-moi mon amie
Je suis à cent coudées du paradis lumière
Le vol d'une colombe est plus pur que la joie
entre ciel et terre naviguons fêlés
la source a tari lucidité sèche
musique enivrante de la liberté
frissons pervers frissons d'espoir
Casser les chaînes voir le jour
Je courrai dans l'espace immense
Cueillir l'infini de l'éden

                                   12 décembre 1984, minuit

 

à moi disait-elle c'était ma mère
et disparaissait flamme vierge
l'azur glissait le temps filait
je courais pour le rattraper
et je me cognais aux vitres de l'horreur
et je me coupais aux lames d'espoir
mes doigts se refermaient sur le vide de l'être
architecture d'amertume perspective désolée
c'était une cathédrale vide
le clair obscur de l'innocence
cette ardeur d'exister c'est la mort
les clefs sont derrière la porte fermée

                                   13 décembre 1984, à 0h40

 

Vivre libre or incorruptible
Courir la vie parcourir le monde
Rêve fragile
Amer amour à mort
Le désir me dévore

[...]

Monde ému constant
La parole enceinte de l'homme
Demeure et démesure
L'odeur pourrie les idées vertes
C'est bien le souffle du Cancer

[...]

Je connais par coeur
le Pays des Douleurs
Mais je ne connais pas la Voie
qui mène au Nirvana
Je me perds sur la route des Indes
Je n'ai pas de boussole
et le mirage se déplace
chaque fois que je vais crier Terre
Je hurle dans la nuit je tangue d'impatience
et je lance mon coeur rempli de hiéroglyphes
Oh ! que l'espoir l'emporte
vers des mains érudites !

Toute ma vie
j'ai chassé le vent j'ai labouré le rêve
j'ai laissé l'or me glisser entre les doigts
J'ai semé la folie j'ai récolté l'illusion
Je cours après mon ombre folle
Pourrais-je la rattraper ?
Mes blessures sont profondes et nombreuses
Je n'en reviendrai pas

[...]

Le temps nous glisse entre les doigts
Nous errons hagards dans l'espace
Nous portons le deuil de nos rêves
Nous avons la Bête à nos trousses
Sus à l'Infâme au bout du cercle
Blessons l'horreur à coups d'espoir
À coups de rythme à coups d'image
Le soleil de demain coulera rouge–sang
Ô suprême hallali des bouches décousues !

Les étendards se déploieront face au soleil
et derrière la dune
les chevaux piétineront les corps mutilés
des héros
avec leurs armes inutiles
et leurs muscles déchirés
Le vent d'est balaiera leurs membres dénervés
Les trompettes sonneront dans l'or du crépuscule
Les têtes rouleront avec des sons sinistres

À l'aurore nouvelle
Os, chair et souffle et sang des barbares manèges
Armures, boucliers, visières et rapières
Traineront sur le sol, vestiges légendaires
Les chevaux henniront dans la Vallée des larmes
Les caprins bondiront dans l'herbe touffue
La vie s'agitera dans les troncs des palmiers

La mort contient la vie
La souffrance la délivrance

 

Soliloque

Je suis triste sans toi ce matin je suis toujours triste sans toi
je n'en peux plus de courir les rues hagard sans tenir ta main
sans déchiffrer le monde sans vivre tes rêves
il me faut la musique de ton corps pour panser mes blessures
pour reposer mon âme des paysages d'enfer
Je suis triste aujourd'hui je suis toujours triste sans toi
je n'ai pas dans mon coeur le parfum de ton corps
je n'ai pas sur ma route l'éclat de ton étoile
je n'ai pas dans ma tête la lumière de tes yeux
mon coeur ne vibre pas des accords de ton âme
nous avons tant de choses à voir à découvrir ensemble
et le monde est à nous si nous savons le prendre
le soleil lui pour tous nous pouvons le cueillir
le monde est à tes pieds et tu le pousses du pied

                                   28 février 1984

 

Désespoir

on a envie de courir de gagner les rues de gagner le ciel
on est en ville on est en route on est paumé
c'est fou c'est dingue on va claquer
nous allons à l'école à l'église au cimetière
nous ne comprenons pas ce qui se passe
nous n'avons pas le code on a beau le chercher
et les jours passent on passe
on passe la nuit on se retrouve vide
on respire on expire on nourrit les cellules
son amour est ailleurs on ne peut lui parler
on crie dans le désert on se roule à ses pieds
et les jours passent on oublie sa douleur
elle vous saute à la gorge au petit matin
on hurle on a envie de se jeter par la fenêtre
on gagne les rues comme si l'on débarquait d'une autre planète
on a mal aux yeux mal au coeur mal au ventre
on voit passer les voitures comme des objets non identifiés
on hume l'air du monde on ne veut pas bouffer
on regarde la vie on est en pleine hypnose
c'est toi c'est toi c'est toi qui bouleverses ma vie
c'est toi darling c'est toi qui chiffonnes mon coeur.

                                   27 février 1984

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Charles, Christophe. Obsessions, extraits lu par l'auteur (vidéo).
Port-au-Prince (1992). 8 minutes. Île en île.
Mise en ligne sur Dailymotion et YouTube : 15 janvier 2014
Caméra : Jean-François Chalut

Ces poèmes de Christophe Charles sont extraits de son recueil, Obsessions: poèmes impressionnistes et métaréalistes, publié à Port-au-Prince aux Éditions Choucoune en 1985.

© 1985 Christophe Charles (textes)
© 2014 Île en île (vidéo)
tous droits réservés

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tous droits réservés © 2014
http://www.lehman.cuny.edu/ile.en.ile/archives/charles_poesie.html
mise en ligne : 15 février 2014