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Ce jour. Celui daté, d'un rendez-vous avec mon amie Michelle Porte,
vue par moi seule, ce jour-là sans heure aucune, une mouche était
morte. Au moment où moi je la regardais il a été tout à coup trois heures vingt de l'après-midi et des poussières: le bruit des élytres a cessé. La mouche était morte. Cette reine. Noire et bleue. Celle-là, celle que j'avais vue, moi, elle était morte. Lentement. Elle s'était débattue jusqu'au dernier soubresaut. Et puis elle avait cédé. Ça a peut-être duré entre cinq et huit minutes. Ça avait été long. C'était un moment d'absolue frayeur. Et ça a été le départ de la mort vers d'autres cieux, d'autres planètes, d'autres lieux. Je voulais me sauver et je me disais en même temps qu'il me fallait regarder vers ce bruit par terre, pour quand même avoir entendu, une fois, ce bruit de flambée de bois vert de la mort d'une mouche ordinaire. Oui. C'est ça, cette mort de la mouche, c'est devenu ce déplacement de la littérature. On écrit sans le savoir. On écrit à regarder une mouche mourir. On a le droit de le faire. Marguerite Duras (Écrire 52-53) |
Elle dit: une fois j'écrirai ça, la chasse au moustique. C'est atroce. [...] Alors elle voit. Sur le Tahitien, sur la cuisse du Tahitien, à côté de son sexe coudé, il y a la forme du moustique. Qui va piquer encore. Qui n'est jamais fatigué de piquer. Le moustique maintenant marche sur le sexe du Tahitien qui dort. Elle frémit. Elle lève Papeete News, elle le lève de nouveau. De nouveau elle frappe. Il crie, le Tahitien. Il hurle dans la nuit du bungalow, il s'assoit, il se tient, il a mal au sexe coudé qui a été écrasé par elle d'un coup. Il dit: Tu es folle! Elle dit: Je suis folle mais il y a le moustique. Il dit: Il n'y a pas de moustique, jamais. Tu n'as pas vu de moustique. Elle dit: Le moustique existe. Je l'ai vu. Il dit: Tu n'as rien vu, rien. Elle dit: Écrase-moi encore comme j'ai voulu écraser le moustique. Il dit: Tu es le moustique. Je le sais, cette nuit. Elle dit: Oui c'est moi, c'est bien moi. Marguerite Duraille (Mururoa mon amour 39-41) |
Duras' infamous "death of the fly" scene was first published in 1977 in Les Lieux de Marguerite Duras:
| Dernièrement, il m'est arrivé une chose bizarre. J'étais seule dans la maison. Je venais de laver du linge, dans la petite cuisine qui est au bout là-bas, vers la chambre de la petite fille, c'était très silencieux, c'était au début de l'automne, vers le soir, et il est arrivé une grosse mouche. Elle a tourbillonné longtemps dans l'abat-jour et à un moment donné elle est morte, elle est tombée, morte, et je me souviens avoir noté l'heure de sa mort, il devait être 5 heures 55. J'étais déjà dans le cinéma, j'étais dans un film; c'était peut-être l'histoire de la mouche ou de mon histoire écoutant la mouche, je ne sais pas, mais j'étais quelque part ailleurs en étant là. C'était déjà transporté quelque part ailleurs voyez. On dit sublimé, je crois, les autres. (36) |
Before publishing the final version in Écrire, Duras told the dead fly story to Benoît Jacquot for his film of the same name. On screen, while speaking of Le Vice Consul, she thus reiterated her interest in such a "banalité fondamentale." The fly that died in the "dépense à côté," she tells Jacquot and her viewers, provided her with an opportunity to "write horror" ("écrire l'épouvante"). This repeated narration of a "real" incident reminds us of the recurring versions of her reworked childhood. As she says, the fly is but one example of her very personal "truth" ("ma vérité à moi"). This slow and small (but significant) death also echoes Duras' recurring thematics of meaninglessness and insignificance, especially as she approached the final banality of her own death.
Flies on this and previous page provided courtesy of Eclectic Iconoclast (see acknowledgments).
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