nous
devons
nous battre
jusqu' à
la victoire

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par agostinho neto
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pp. 32-38

     Compagnons de lutte !

     Camarades !

     C'est avec une grande joie que je profite de cette occasion qui m'est offerte par les Services Extérieurs « Radio Tanzanie » pour adresser ce message ; message adressé non seulement aux compatriotes angolais et aux camarades du Mouvement Populaire de Libération de l'Angola (MPLA), mais aussi aux braves compagnons de lutte qui, au Mozambique, sous le drapeau du FRELIMO, lèvent bien haut le flambeau de la révolte contre l'occupation coloniale portugaise.

     Unis dans le même combat...

     Unis dans le même combat, les peuples des colonies portu-gaises, en Guinée-Bissao, au Mozambique et en Angola, ont infligé, surtout ces derniers temps, d'innombrables défaites à l'ennemi. Les aires contrôlées par les guérilleros ne cessent de grandir. Dans ces zones, une vie nouvelle est en train de se perfectionner et on trouve les voies qui restitueront à nos peuples l'indépendance perdue depuis des siècles et leur dignité, leur juste place dans le monde.

     C'est pour cela que les Mouvements qui dirigent la lutte dans ces pays dominés encore par le Portugal sont unis et coopèrent étroitement, pour atteindre les objectifs communs, tout en respectant les différences qui existent dans les conditions spécifiques de chaque pays. Et c'est certain que, d'une façon générale, notre lutte pour l'indépendance ne s'arrête pas de s'améliorer et de progresser.

     La coopération entre les actuelles colonies portugaises, dans cette phase et aussi dans l'avenir, autant pour la conquête de l'Indépendance que pour la reconstruction nationale, est et demeurera absolument nécessaire.

     Heureusement, nous avons déjà une certaine expérience en Afrique après l'indépendance des pays de notre continent qui étaient dominés par l'impérialisme. Et si d'un côté, cette expérience a révélé beaucoup d'aspects positifs, il est évident que d'un autre côté elle a dévoilé des faiblesses, l'une des principales étant la dépendance économique presque générale à l'égard des anciennes métropoles, ce qui ne permet donc pas l'accès à une indépendance complète.

     L'indépendance complète...

     Cette expérience doit nous amener, nous qui combattons les armes à la main, à envisager des formes d'organisation plus élevées et des moyens plus efficaces pour atteindre notre but : l'Indépendance complète. Le sang répandu par les meilleurs fils de nos Patries, l'effort de chaque guérillero et de chaque homme de nos peuples ne peut ni ne doit être mal dépenséen des formes peu appropriées d'organisation dans le présent et déficientes pour l'administration future. Il est nécessaire que le contrôle réel du pays, du point de vue politique, et du point de vue économique ou social, soit complètement entre les mains des peuples qui se sont engagés dans la lutte, et non entre les mains d'une poignée de bureaucrates et -- ceci soit dit en passant -- malhonnêtes, qui n'ont pas toujours été ou ne sont pas aujourd'hui sur le terrain de combat. Nous devons encore moins permettre que les étrangers continuent d'exploiter nos peuples, que l'impérialisme allonge ses ongles jusqu'à nos pays afin de les soumettre par le biais du néo-colonialisme. Nous devons nous battre pour une indépendance complète.

     Et il n'y a pas de doute, que, pour obtenir une indépendance complète, politique, économique et sociale, pour que nos peuples soient réellement maîtres de leur destin, il faut que nous nous munissions d'instruments appropriés à l'action. Dans la phase présente, il est nécessaire que la lutte soit entièrement sous la direction d'un parti indépendant et avec des idéaux bien définis, que ses militants soient disciplinés et qu'ils assimilent totalement la doctrine de leur parti. Il faut que les dirigeants soient honnêtes, modestes, actifs et n'épargnent pas leurs efforts pour bien orienter leur organisation et leur peuple. Il faut qu'ils soient toujours à côté de leur peuple en l'accompagnant dans les souffrances et les sacrifices quotidiens.

                               

Je parle du problème racial.

     Un des problèmes qui a été le plus débattu ces derniers temps est celui de la présence dans nos territoires de portugais ou de descendants de portugais dont les idéaux coïncident avec les nôtres, dont la vie a aussi été dédiée au combat contre le fascisme au Portugal, qui comprennent et acceptent le droit des peuples des colonies portugaises à devenir indépendants et à segouverner comme n'importe quel peuple souverain.


     Dans ce chapitre, nous avons parfois remarqué des réactions négatives de la part de quelques-uns de nos combattants et de nos amis. Et ces attitudes négatives ne peuvent que nuire aux succès de notre lutte de libération. Je parle du problème racial.

     Dans nos pays, nous ne sommes pas en train de faire une guerre raciale. Notre objectif n'est pas de combattre l'homme blanc seulement parce qu'il est blanc. Notre objectif est de combattre ceux qui appuient le régime colonial. Tous ceux qui se présentent dans nos territoires, les mains levées, désarmés, ou désirant donner leur collaboration aux guerilleros, en leur fournissant de la nourriture ou les articles qui manquent dans les brousses, tous ceux qui manifestent le désir de quelque façon que ce soit de ne pas coopérer avec le régime colonial, ne doivent pas être méprisés ou traités en ennemis. Ils constituent une force en notre faveur, de même que, sur le plan international, nous ne cherchons pas seulement l'appui des pays de l'Afrique au Sud du Sahara, ce qu'on appelle l'Afrique Noire, où la peau de leurs habitants est plus foncée, mais nous allons aussi chercher cette aide dans les pays Nord-Africains, où les peuples ont la peau claire, et nous allons même plus loin, en Europe, chercher l'aide politique, diplomatique et matérielle de pays où la majorité des populations à la peau blanche et dans d'autres continents où les différences raciales sont plus qu'évidentes. Si nous méprisions cette force formidable qui est représentée par les progressistes de tout le monde et par les pays sous-développés, en nous basant sur des différences raciales, nous creuserons notre propre sépulture.

     Notre lutte n'est pas une lutte isolée dans le monde.

     Notre lutte n'est pas une lutte isolée dans le monde, elle fait partie d'une lutte globale de l'Humanité pour en finir avec l'exploitation de l'homme par l'homme. Nous devons la comprendre ainsi, nous devons l'encadrer ainsi dans notre esprit, sortir donc des limites étroites des préjugés raciaux.

     ... Qu'ils désertent avec leurs armes...

     Aussi, nous invitons les Portugais, les fils du peuple portugais qui sont en tenue militaire et armés en Angola, au Mozambique et en Guinée, à déserter les rangs de l'armée coloniale, à ne pas salir leurs mains du sang d'hommes, de femmes et d'enfants innocents, dont le seul objectif est d'être libres, qui agissent de la même façon que les héros portugais pendant l'occupation espagnole. Nous les invitons à ne pas assassiner les populations sans défense et, devant les guérilleros du MPLA, du FRELIMO ou du PAIGC, à lever leurs bras, à se rendre, et ils seront reçus en hommes et il leur sera donné la destination qu'ils voudront dans les pays qui acceptent la présence des réfugiés politiques. Ou encore mieux : nous faisons un appel aux soldats portugais pour qu'ils désertent avec leurs armes et qu'ils viennent du côté des nationalistes, en évitant de cette façon la honte de participer à une guerre injuste et aussi sale que celle du Viet-Nam.

     Dans l'expérience de la lutte en Angola, le MPLA a reçu dans les pays limitrophes quelques portugais qui ont déserté et ils sont actuellement dans plusieurs pays, quelques-uns engagés activement dans la lutte contre le régime de Salazar et d'autres utilisant pacifiquement leur travail pour vivre et faire vivre leur famille.

     Par conséquent, si chez quelques-uns de nos combattants demeure encore l'idée de la lutte contre le blanc, il faut qu'elle soit immédiatement remplacée par l'idée de la lutte contre le colonialisme et contre l'impérialisme, de la lutte contre l'oppression, pour la liberté et pour la dignité de tous les hommes du monde. Cet idéal renforcera notre lutte. Il lui apportera davantage de garanties et des perspectives nouvelles qui s'ouvriront dans un avenir radieux pour tous les hommes. A la place des haines, nous aurons la fraternité et la compréhension.

     Ceci ne veut pas dire, camarades et compagnons de lutte, que nous devons être mous, que nous ne devons pas appliquer des coups durs et les plus vaillants possibles contre les racistes qui désirent dominer les peuples africains, que nous devons être complaisants envers les colonialistes, envers ceux qui dans le passé ont été ou qui sont encore les bourreaux de nos peuples, que nous devons être complaisants envers les agents de la PIDE ou envers les colons organisés en milices. En aucune façon ; il n'y a qu'un seul langage applicable à ceux-là. Il n'y a qu'une seule justice possible. Seule une loi de la guerre peut être adoptée. Ils doivent être liquidés, car ils sont les remparts de l'exploitation coloniale.

     Nous ne devons pas confondre les amis et les ennemis. Mais ayons le soin de sélectionner. De choisir. De faire la distinction entre ceux qui sont nos amis et ceux qui sont nos ennemis.

     Parfois, ce sont nos ennemis qui nous séparent des amis, profitant de notre naïveté politique ou de nos faiblesses, l'une desquelles pourra être le préjugé racial. Là où il n'y a pas une idée nette à ce sujet, l'ennemi impérialiste peut parfaitement nous séparer de nos amis, voire liquider, par nos propres mains, des forces appréciables au sein de nos rangs.

     Entre 1961 et 1963, les forces réactionnaires commandées par l'impérialisme étaient actives dans le nord de notre pays ; à cette époque des milliers de métis et de « assimilados » ont été assassinés, seulement parce qu'ils étaient des métis et des « assimilados ». Nous avons ainsi perdu ces milliers d'hommes, de femmes et d'enfants qui, dans leur presque totalité, étaient des patriotes sincères et des combattants ardents pour notre cause de libération.

     Ceci seulement parce que les impérialistes ont réussi à inculquer dans la mentalité de combattants politiquement peu éclaircis que tous ceux qui avaient la peau un peu plus claire ou qui savaient parler le portugais ou encore ceux qui avaient travaillé dans l'administration coloniale, étaient nécessairement des traîtres, ne pouvaient pas lutter pour l'indépendance, n'avaient pas ce droit, disaient-ils. Ce sont les forces nationalistes angolaises qui ont souffert de cela, en perdant des vies précieuses, des cadres importants pour la révolution et pour la vie future du pays. Des victimes se sont ajoutées aux victimes causées par les propres colonialistes.

     Mais les germes qui provoquent les déviations de notre ligne d'action politique ne sont pas seulement enfantés par l'impérialisme ; ils proviennent de nous-mêmes, et pour cela nous devons aussi combattre nos faiblesses, nos insuffisances, combattre tout ce qui est négatif chez nous, chez nos militants, chez nos combattants. Parfois c'est l'ambition qui donne naissance à la haine sur la base de la couleur de la peau. Le désirsir d'occuper des postes élevés. Le désir de grimper. Le désir de réserver pour soi-même une bonne place à l'avenir.

     Nous combattons avec sévérité ces défauts...

     Et, du préjugé racial au tribalisme il n'y a qu'un pas à franchir.

     A l'intérieur de notre organisation, le MPLA, nous combattons avec sévérité ces défauts. Les ambitieux, les présomptueux, ceux qui provoquent des troubles et des calomnies afin d'occuper des postes que maintes fois ils ne méritent pas ou qu'ils ne sont même pas capables d'occuper d'une façon satisfaisante, ceux-là sont démasqués devant les militants et devant tout le peuple.

     C'est en combattant aussi dans ce front de lutte, dans la formation idéologique des hommes, dans l'éducation politique des militants, que nous pourrons garantir pour notre avenir une vie véritablement libre.

     Nous devons donc envisager pour nos partis la ligne politique qui puisse nous préserver du racisme et du tribalisme et des erreurs qui ont été commises dans les pays où l'indépendance est arrivée plus tôt et par d'autres moyens.

     L'action armée n'est pas seulement un sacrifice.

     Heureusement l'action armée, pour ceux qui luttent du côté de la justice et contre la tyrannie, pour ceux qui souhaitent la liberté, n'est pas seulement un sacrifice. Elle est surtout une force. Elle n'est pas seulement un gouffre de vies. Elle n'arrose pas seulement les terrains de combat avec le sang des meilleurs enfants de nos peuples. Elle est aussi une école. Elle est aussi un moyen pour que le peuple continue cette lutte dans l'avenir, après l'indépendance politique, dans le but d'être complètement libre, politiquement, économiquement et socialement indépendant.

     Les partis doivent...

     Comme je l'ai dit tout à l'heure, l'expérience africaine nous a déjà appris beaucoup de choses. Parmi celles-là, nous pouvons en citer une autre : les partis doivent contrôler à tout moment la vie du pays. La force qui nous vient des armes avec lesquelles nous nous défendons des occupants étrangers, cette force nous garantira dans l'avenir l'indépendance véritable. Et il faut que le parti se structure. Qu'il ait une idéologie de mieux en mieux définie. Qu'il constitue l'épine dorsale, la base, l'élément principal de la vie de la nation. Qu'il soit indépendant. Là où il n'y a pas de parti, où les militants ne sont pas soumis à une discipline rigoureuse, les dirigeants ne s'accrochent pas aux principes révolutionnaires ; là rentre l'anarchie. Les ennemis y pénètrent aisément et au lieu de l'indépendance, nous aurons le néo-colonialisme ou alors un jeu douteux entre la dépendance et l'indépendance. Entre le progrès et la réaction. Or, c'est ce que nous ne voulons pas. Nous voulons une indépendance complète.

     L'union entre le FRELIMO, le PAIGC et le MPLA.

     Au début de ce message j'ai parlé de l'union existant entre les organisations dirigeantes de la lutte armée dans les pays dominés par le Portugal, c'est-à-dire entre le FRELIMO, le PAIGC et le MPLA, ou encore entre les peuples du Mozambique, de Guinée et d'Angola. Cette union est juste et elle est nécessaire. Les formes de coopération dans la lutte doivent être perfectionnées. Car nos ennemis coordonnent aussi leurs activités. Nul n'ignore plus que les pays de l'OTAN accordent une aide très importante au Portugal pour qu'il continue sa guerre injuste. Nul n'ignore que la lutte en Angola, au Mozambique et en Guinée serait déjà terminée victorieusement pour nos peuples respectifs, sans l'aide matérielle et dans tous les autres domaines fournie au Portugal par les impérialistes rassemblés dans le Traité de l'Atlantique Nord. Ce sont les Etats-Unis d'Amérique, l'Allemagne Fédérale, la France, la Grande-Bretagne et d'autres pays qui soutiennent le Portugal. Mais il y a encore un danger qui s'esquisse et qui a déjà, dans certains chapitres, pris une forme concrète.

     L'intervention du régime raciste de l'Afrique du Sud.

     C'est l'intervention du régime raciste de l'Afrique du Sud, haï par tous les africains honnêtes, à cause de la violence avec laquelle il oppresse les peuples non blancs de ce pays. L'alliance entre ces réactionnaires et le gouvernement fasciste portugais ou avec les sud-rhodésiens, présente un danger très grand pour les peuples de l'Angola et du Mozambique. En Afrique du Sud on parle ouvertement, dans les journaux et à la radio, d'intervention directe en Angola et au Mozambique contre nos peuples. II est évident que, si cette agression se vérifie, les racistes sud-africains sauront, par leur propre expérience, ce que savent déjà les Portugais : ils auront beaucoup de cadavres à enterrer. Ils auront beaucoup de familles en deuil, comme il y en a au Portugal. Ils auront beaucoup de voitures détruites et beaucoup d'avions abattus. Et finalement ils connaîtront la honte de la défaite puisque la victoire dans cette lutte ne peut appartenir qu'à nos peuples. Celle-là sera la victoire de nos peuples et de tout le monde contre la honte du colonialisme. C'est ce qu'apprendront les prétentieux racistes sud-africains, malgré toute leur puissance belliqueuse et technique.

     Une des armes les plus adéquates pour que nous puissions éloigner ce danger est justement de consolider notre union, de l'élargir à d'autres peuples qui subissent la même oppression. Mais cette union doit être complètement libérée d'influences étrangères. Totalement libre.

     La guérilla est installée dans le centre du pays.

     Maintenant je m'adresserai spécialement à mes compatriotes angolais et aux camarades de notre Mouvement, notre cher MPLA, aux combattants qui, sur plusieurs fronts, donnent les meilleures preuves de courage, d'esprit de sacrifice et de dévouement dans cette lutte dure, remplie d'événements, quelques-uns désespérants, mais en majorité pleins de motifs de joie. Le progrès qui a été fait par nos guérilleros pour réaliser dans la pratique le mot d'ordre de généraliser la lutte dans tout le territoire national est net.

     L'ennemi lui-même, par la voix de ses représentants les plus élevés, ne cache pas son inquiétude devant le développement de notre lutte. Lorsque les colonialistes portugais disent que la guérilla n'atteindra pas le centre du pays, cela signifie qu'elle y est déjà et ceux qui veulent tromper le peuple portugais en lui faisant méconnaître la vérité tombent seulement dans le ridicule, parce que les Portugais savent que la guérilla est installée dans le centre du pays et que bientôt elle atteindra les centres urbains, où pour l'instant il n'y a pas encore d'opérations à caractère militaire.

     Nous assurons les dignes représentants de l'administration coloniale que bientôt ils connaîtront plus durement et plus largement les résultats de l'action de notre force armée. Et ce ne sera pas seulement le centre, mais aussi le sud et le nord, qui connaîtront une période nouvelle de la lutte. Davantage de difficultés, davantage de sang pour les misérables colonialistes.

     Il n'est pas difficile de dévoiler les menteurs du gouvernement colonial de l'Angola qui prétendent fermer les yeux aux colons et à l'opinion publique mondiale. D'un côté, ils disent que la guérilla ne peut pas avancer et d'un autre côté, dans les districts où il y a la lutte armée, tous les habitants angolais sont soumis au contrôle, par l'intermédiaire des certificats de résidence. Ces certificats sont obligatoires, aussi bien à Moxico qu'à Bié, aussi bien à Uije qu'à Malanje et les décrets et les arrêtés ministériels qui les rendront obligatoires à Huila ou à Moçamedes. à Cuanza-Sud ou à Huambo, ne tarderont pas. La lutte sera généralisée. Si d'un côté ils nous disent que les forces armées ont un moral élevé, d'un autre côté on discute publiquement pour savoir si les grands commerçants doivent donner leurs bagues ou s'ils doivent aussi faire le sacrifice de leurs doigts pour maintenir leurs biens, à l'intérieur du régime colonial. Les militaires s'opposent aux civils puisque, tandis qu'ils offrent leurs vies précieuses, les seigneurs du vol et de l'exploitation ne pensent qu'à accumuler des biens, à vivre dans le faste et dans l'insouciance, à s'intoxiquer dans la boue du plaisir bon marché (ou parfois cher), pour oublier la misère de la guerre coloniale. Le soldat portugais n'est qu'un mercenaire destiné à protéger la richesse des seigneurs qui l'exploitent.

Si d'un côté on dit qu'il ne se passe rien en Angola, que la paix existe, d'un autre côté on oblige les populations angolaises à vivre dans des hameaux auprès des casernes, de peur qu'elles n'adhèrent à la guérilla. Il n'y a aucune sorte de confiance entre les populations portugaise et angolaise.

     Et pourtant, ce sont par centaines que les hommes abandonnent ces hameaux pour venir dans les forêts où, maintenant, on mène une vie libre sous la direction du MPLA.

     Le désespoir des colonialistes sera plus grand bientôt, puisque les moyens techniques du MPLA deviennent plus volumineux et plus parfaits. L'organisation est de plus en plus large. Les hommes sont plus familiarisés avec les tactiques de la guérilla et ont davantage d'expérience politique. Mais le moral des troupes portu-gaises peut être illustré par les pleurs désespérés de ce pauvre soldat, peut-être fils de paysan ou d'un ouvrier, qui pendant l'attaque de nos forces contre la caserne de Kalipande abandonna, en pleurant, son abri, criant, rempli de crainte ou de remords, pour sa chère maman. Quel dommage ! Ainsi s'exprime presque toujours le courage et la conviction avec lesquels lutte le soldat portugais en Angola.

     A eux tous, aux lâches et aux fanatiques, nous disons : il n'y a qu'un moyen pour en finir avec cette situation honteuse. Ce moyen est de reconnaître le droit de notre peuple à l'Indépendance, d'abandonner la répression et d'établir des rapports justes entre nos peuples — le peuple angolais et le peuple portugais.

     La lutte au Cabinda...

     Les colonialistes portugais et leurs alliés ont répandu aux quatre coins du monde le bruit que la lutte à Cabinda est paralysée parce que les dollars américains ont eu leur effet sur le MPLA. Nous voulons laisser bien clair que dans cette lutte, ce n'est pas le MPLA qui se vend, ni le peuple angolais : ce sont les misérables gouvernants portugais qui se vendent, qui ont hypothéqué leurs colonies et leur pays lui-même. Ce sont les fascistes portugais qui concèdent de plus en plus de facilités aux investissements étrangers, au désavantage du peuple portugais qui (ce peuple portugais aux traditions glorieuses) ne gagne rien dans l'affaire. Qui exploite le fer en Angola ? Les Allemands. Qui exploite le pétrole ? Les Américains, les Belges. A qui appartient le Chemin de Fer de Benguela ? Aux Anglais. A qui appartient la Compagnie des Diamants ? Aux Américains, aux Français, aux Belges, aux Anglais. Qui exploite le pétrole dans le district de Cabinda ? Les Américains. Et dans la métropole elle-même, le peuple portugais, au-delà des formes camouflées d'exploitation, sait très bien qu'il y a des parties du territoire portugais qui ne sont pas sous son contrôle, qui sont hypothéquées, où le peuple portugais ne commande pas, mais où il obéit au dollar ; c'est aux Azores, c'est à Beja, c'est dans une bonne partie de l'industrie touristique, etc. Qui est en train de se vendre aux étrangers pour continuer une politique honteuse ? Ce ne sont que les fascistes portugais. Le MPLA, ses dirigeants, le peuple angolais qui combat avec tout l'honneur les armes à la main, nous ne nous vendons nas. Nous n'acceptons rien en échange de l'indépendance. La Victoire ou la Mort ! La Victoire est certaine !

     Si le rythme de la lutte s'est ralenti ces derniers temps, au Cabinda ceci n'est dû à aucune sorte de compromis engagé par le MPLA. Ceci est dû d'un côté au besoin de généraliser la lutte et par conséquent d'envoyer vers d'autres régions des dirigeants, des cadres politiques et militaires qui pendant une certaine période, n'ont travaillé qu'au Cabinda, d'un autre côté à l'action des contre-révolutionnaires. Le soi-disant « gouverne-ment révolutionnaire angolais en exil », de Kinshasa, a fourni un bon cadre à l'ennemi quand il lui envoya Alexandre Taty qui, en utilisant les arguments tribalistes, s'est mis au service des Portugais.

     De même, si ce n'était la contre-révolution au Nord, l'ennemi portugais aurait déjà ressenti les effets de la guérilla, non seulement à Calomboloca et à Caxito, mais dans les rues de Luanda. Mais maintenant, heureusement, la contre-révolution est agonisante. Les collaborateurs et leurs patrons colonialistes seront écrasés ensemble.

     Il y a aujourd'hui des zones contrôlées par le MPLA à l'inté-rieur du pays. Dans une de ces zones est établie la Direction de notre Mouvement.

     Revenir maintenant à l'intérieur du pays !

     Je répète à cette occasion l'appel à tous les nationalistes angolais, réfugiés dans les pays voisins, tels que le Congo Kinshasa, le Congo Brazzaville, la Zambie, le Botswana, le Sud-Ouest Africain, pour qu'ils retournent aux régions contrôlées par le MPLA afin d'y apporter leur contribution à la lutte. Pour combattre l'ennemi. Pour repeupler le territoire.

     Les Angolais doivent revenir en Angola, vers les aires contrôlées par le MPLA et y vivre la vie libre véritable, dans les dures conditions de la lutte.

     Les étudiants, les hommes formés dans les Universités et Ecoles Techniques, doivent retourner au pays et y apporter leur contribution à la lutte. Chez les étudiants il faut combattre sérieusement les arguments opportunistes qu'utilisent quelques-uns pour cacher leur désir de ne pas participer à la lutte, de se dérober aux dangers, au travail au sein du peuple, afin de mener la belle vie de boursier à l'étranger aux dépens du prestige conquis par les combattants dans notre pays.

     Je répète l'appel à tous les hommes et à toutes les femmes qui se trouvent à l'intérieur de notre pays, pour qu'ils redoublent leur activité, soit dans la clandestinité, soit dans les zones libres.

     Il est nécessaire qu'en aucun point d'Angola le colonialisme portugais ne cesse de sentir l'effet de la guerre.

     Que les groupes et les comités d'action se constituent là où ils n'existent pas encore et qu'ils agissent d'une façon ordonnée, détruisant l'économie, détruisant les moyens que l'ennemi possède pour faire la guerre et maintenir l'exploitation.

     Notre contribution doit être donnée non seulement en vue de la liquidation du système colonial mais aussi en vue de liquider l'ignorance, la maladie, les formes primitives d'organisation sociale. C'est dans les écoles, pour une alphabétisation intensive, c'est dans les dispensaires médicaux, dans les centres d'Instruction Révolutionnaire, dans la production agricole et industrielle, aussi bien que dans le commerce, sous les bombes qui tombent parfois sur les forêts, que chaque Angolais doit apporter sa contribution.

     Tous les Angolais sincèrement patriotes doivent revenir maintenant à l'intérieur du pays. Ils doivent être actifs.

     Les organisations de masses, les syndicats, les organismes de jeunes, de femmes et autres, font delà leur première expérience à l'intérieur du pays.

     Les instructions d'assistance médicale, d'éducation, d'échanges commerciaux et de coopération dans le travail, font leur apparition dans les zones libres.

     C'est par conséquent maintenant que tous les Angolais doivent abandonner l'étranger pour retourner au pays et y œuvrer pour la victoire de la Révolution.

     Nous ne pleurerons pas les morts...

Je ne parlerai pas de ceux qui tombent nécessairement pendant la lutte. A ceux-là nous devons rendre notre sincère et simple hommage. La libération de la Patrie a besoin de sang. Et en premier lieu, du sang de ses meilleurs enfants. Nous ne pleurerons donc pas les morts. Nous saisirons l'exemple de leur héroïsme, de leur valeur, afin d'avancer le plus possible, le plus rapidement possible, et rendre ainsi leur héroïsme utile à notre peuple. Continuons l'action.

     Sachons utiliser tous les éléments à notre disposition pour jeter à la mer les colonialistes lusitaniens.

     Camarades,

     LA VICTOIRE EST CERTAINE !

     Allocution prononcée par le Président du M.P.L.A. à la « Radio Tanzanie » dans le programme « La voix de l'Angola combattante », le 6 Janvier 1968.

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